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Animaux, ou être positivement déconcerté

par Amy Mailloux

Le concept d’Animaux, une idée originale de son metteur en scène Daniel Brière mise en mots par son collègue Alexis Martin, est simple à priori : faire une pièce de théâtre avec des animaux sur scène. Un défi relevé avec brio et présenté tout le mois de mars par le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) à Espace Libre.

Au-delà du jeu
Sophie Cadieux et Hubert Proulx partagent la scène avec plus de dix animaux, incluant des poules, un chat, un chien et une vache, pour ne nommer que ceux-là. En plus d’être acteurs, les deux se doivent d’être éleveurs et guides pour ces bêtes avec qui ils partagent la scène. Tout un défi à relever, surtout quand le contexte exige une bonne part d’improvisation. Que faire lorsque le chien refuse de sortir des coulisses, ou encore que les quatre poules courent en tout sens ? Chapeau aux auteurs, qui ont su rester calmes et dans leur rôle en tout temps, par exemple lorsque Baudelaire, le chat, miaulait durant un discours très sérieux de Sophie Cadieux.

Sophie Cadieux et Hubert Proulx en répétition (c) Marlène Gélineau-Payette

Sophie Cadieux et Hubert Proulx en répétition (c) Marlène Gélineau-Payette

Au-delà de l’homme/du spectateur

Soyez avertis : vous réagirez durant la pièce. Que ce soit en riant, en se choquant ou encore en couinant face au facteur cute qu’amènent tous ces animaux sur scène, le spectateur n’est pas discret pendant Animaux. Il est presque participant, ayant même, s’il est situé dans la première rangée ou sur les côtés, accès à des interactions avec les plus petits animaux comme les poules, le chat ou le chien.

Ce spectacle porte à avoir une réflexion sur les relations humaines, mais aussi les relations avec les autres espèces avec qui il partage son environnement. Le NTE collabore avec Compost Montréal dans le rendement de la pièce et insiste sur le fait que les animaux ont été traités aux petits oignons durant la production.

Sophie Cadieux en répétition, accompagnée des poules (c) Marlène Gélineau-Payette

Sophie Cadieux en répétition, accompagnée des poules (c) Marlène Gélineau-Payette

Au-delà du théâtre

Plus qu’une pièce de théâtre, Animaux est presque une performance multidisciplinaire. Organisé en plusieurs sketchs, on y retrouve une bonne dose d’improvisation, du cinéma et de l’animation (des images projetées sur un grand mur au centre de la scène) et même du documentaire, grâce aux narrations éloquentes d’Anne Dorval et Pierre Lebeau. Mention spéciale aux projections de l’arrière-scène, qui nous permettent de voir les acteurs se préparer, mais, surtout, les animaux dans leurs enclos. L’accès aux coulisses est un phénomène plutôt rare en théâtre et qui est fort étonnant lorsqu’il arrive, mais Animaux nous confronte à ceci plusieurs fois durant les 75 minutes du spectacle.

Cette tendance à l’interdisciplinarité semble de plus en plus commune dans le théâtre montréalais – à mon grand plaisir ! –, mais ce thème pourrait constituer en lui-même un tout nouvel article. Dans le cas d’Animaux, ce mélange des genres transcende même les disciplines artistiques, puisqu’on y implique des éleveurs, des vétérinaires et autres spécialistes du domaine animalier.

Hubert Proulx, dans Animaux (c) Marlène Gélineau-Payette

Hubert Proulx, dans Animaux (c) Marlène Gélineau-Payette

Au-delà du spectateur

Impossible de rester passif : tous les sens sont stimulés pendant le spectacle. Physiquement, on se garde une petite laine sur le dos puisque la température ambiante est fraîche pour le confort des animaux. L’odorat est stimulé à cause de l’odeur inhabituelle de la paille. Visuellement, on est interpellé de toutes parts : par les mouvements dans le poulailler sur le côté gauche de la scène, par le jeu des acteurs et aussi celui des animaux, ainsi que par les projections faites sur l’écran. L’ouïe aussi est appelée par les voix, les cris, la narration et la musique, tandis que même le goût peut être activé grâce à la cantine de Chef Solène à l’entrée du spectacle.

Alors que toutes ces actions simultanées rendent le spectacle captivant et rendent le passage du temps très rapide, il faut avouer que tout cela est un peu déconcertant. Quel était vraiment le propos principal d’Animaux ? S’agissait-il d’une expérience de mise en scène ou plutôt d’une critique sociétale (la scène du repas avec le cochon miniature est assez évocatrice en ce sens) ?

Quels que soient vos goûts ou vos expériences en terme de théâtre, je crois qu’Animaux plaira à tous les publics (avertissement pour les familles : il y a une courte scène de nudité). Les représentations ont lieu à des heures inhabituelles pour le théâtre pour éviter de déconcerter les animaux : entre 10h00 et 12h00 selon la journée. Conseil : faites vite, car les billets partent très vite.

Du 3 au 20 mars, à Espace Libre
Texte : Alexis Martin
Mise en scène : Daniel Brière
Avec: Sophie Cadieux et Hubert Proulx
Un spectacle du Nouveau Théâtre Expérimental

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