Home Culture Bashir Lazhar – La leçon de vie d’un réfugié politique

Bashir Lazhar – La leçon de vie d’un réfugié politique

par Thomas Campbell
Bashir Lazhar - Centre du Théâtre d'Aujourd'hui

Bashir Lazhar est un personnage bien connu du grand public, grâce à l’adaptation cinématographique de Philippe Falardeau, Monsieur Lazhar. L’histoire de ce réfugié politique algérien avait ému le monde entier jusqu’à faire la course aux Oscars. C’est donc un retour aux sources, puisqu’on le retrouve dans sa version originale, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Ce poignant monologue d’Évelyne de la Chenelière est toujours d’actualité. On y parle de déracinement, d’exil ou encore d’intégration. Le texte nous questionne sur notre capacité d’accueil. Il devient alors facile de tisser des liens avec le sujet de l’heure : la crise des migrants. Comme des milliers d’autres, Bashir Lazhar a quitté son pays et tout ce qu’il avait. Il ne l’a pas fait par choix, mais pour survivre. Il débarque au Québec avec pour seul bagage son expérience. Et par un concours de circonstance, il est engagé comme enseignant remplaçant dans une école primaire. Il doit alors composer avec une classe atypique dont les enfants sont perturbés par le suicide de leur institutrice.

Bashir Lazhar - Centre du Théâtre d'Aujourd'hui

© Valérie Remise

Bashir, l’étranger au grand cœur

Sur scène, Bashir est seul. Seul comme peut l’être un homme qui a tout perdu et qui tente de se reconstruire. Seul face aux préjugés d’une société qui n’est pas la sienne. Rabah Aït Ouyahia connaît bien les défis de l’immigration, lui qui a quitté une Algérie déchirée par la guerre civile. Le comédien a puisé dans son propre vécu pour interpréter son personnage. Il épouse habilement la fragilité de cet exilé. Et cela se sent dans son jeu décomplexé.

Rabah Aït Ouyahia se tient debout, face au public, comme devant une classe. Son monologue est sur le mode de la confidence. Le comédien prend ainsi possession de la scène en exposant des fragments de la vie de Bashir. S’y dessine une vie brisée par la perte de sa famille, mais aussi une formidable résilience. Et c’est cet aspect-là qui nous touche le plus. Malgré toutes les épreuves qu’il doit surmonter, ce personnage trouve le courage d’avancer. C’est un enseignant peu conventionnel qui transmet aux enfants sa passion du français.

La pièce explore en cela la figure du marginal, car Bashir est à contre-courant des règles établies. Voilà pourquoi il se connecte si bien à ses élèves. Il ne les juge jamais, les traite en égal et tente surtout de les comprendre. Car d’une certaine manière, leur souffrance fait écho à sa tragédie personnelle. C’est la rencontre de deux traumatismes : l’un causé par un suicide inexpliqué, et l’autre par les ravages du terrorisme. On assiste donc à une thérapie collective entre un homme endeuillé et une classe bouleversée.

La mise en scène de Sylvain Bélanger permet d’entrer dans l’intimité de la pièce. Toute en sobriété, elle met en valeur le solo de Rabah Aït Ouyahia. Quant au texte d’Évelyne de la Chenelière, il s’apparente à une véritable leçon de vie. Bashir Lazhar prône la compassion et le vivre ensemble. Et à l’heure où l’on parle de fermetures des frontières ou de repli sur soi, il est bon de voir un spectacle rempli d’humanité.

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