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Des promesses, des promesses – Recoller le réel

par Marie-Andree Arsenault

Des promesses, des promesses rend un hommage bouleversant au flair, à l’étincelle et à la vocation enseignante. Enseigner, c’est se montrer à la hauteur d’une promesse. Cette promesse que l’on fait aux enfants de leur apprendre tout ce dont ils auront besoin pour tracer leur chemin dans le monde qui les attend à la sortie de la cour d’école.

Dans la pièce, une enseignante à la retraite, Maggie Brodie (Micheline Bernard) accepte d’effectuer un remplacement dans une classe d’élèves de six ans. Dans ce monde plus petit que nature, elle rencontre Rosie, une enfant somalienne au mutisme sélectif. Le coup de foudre entre la femme et l’enfant est immédiat : l’une et l’autre ont l’impression de se retrouver, de se reconnaitre. Lorsque des exorcistes sont admis dans la classe pour tenter de libérer Rosie de ses démons, Maggie fait tout pour la protéger.

Choisir le silence

Mais quelle promesse peut-on donc faire à une petite ayant perdu confiance? C’est le cas de Rosie, réfugiée dans son armure d’enfant, à l’abri dans son monde de silence. Comme une poupée endommagée après avoir été malmenée. Mais c’est justement dans les déchirures de la fillette, dans les histoires de leurs vies cousues l’une à l’autre, que Maggie retrouvera les mots qu’elle a elle-même enfouis.

Des promesses, des promesses est un récit de la seconde chance. C’est une courtepointe d’histoires inventées que l’on cisaille enfin pour se libérer des deuils de petites filles dont les cicatrices sont trop fraîches encore.

Des promesses Des promesses - La Licorne

© Suzanne O’Neill

Une fureur formidable

Des promesses, des promesses ne laisse aucun spectateur indemne. Ce texte de Douglas Maxwell, habilement traduit par Maryse Warda, est d’une précision chirurgicale. Il est porté par la performance électrisante de Micheline Bernard. 

Du début à la fin, le souvenir douloureux du père de Maggie, un tailleur, hante les mots et les images de cette dernière alors qu’elle se débat pour libérer Rosie de l’emprise de son gourou.

Dans ce monologue exceptionnellement percutant, elle cisèle le réel pour en montrer les rebords, dangereusement tranchants, jusqu’à s’en faire une arme étonnamment affinée. Sa fureur est formidable.

On sort ainsi de La Licorne avec la tête remplie d’échos. Car si le silence est parfois la seule issue dans le vacarme ambiant, toutes les promesses, surtout celles impliquant de se taire, doivent-elles réellement être tenues?

 

Des promesses, des promesses
La Licorne
Du 19 mars au 6 avril 2018 et du 11 au 22 mars 2019
Texte : Douglas Maxwell
Traduction : Maryse Warda
Mise en scène : Denis Bernard
Comédienne : Micheline Bernard

 

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