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La mort d’un commis voyageur – illusions perdues

par Thomas Campbell
Mort d'un commis voyageur - Théâtre du Rideau Vert

La mort d’un commis voyageur entame la nouvelle saison du Théâtre du Rideau Vert avec un classique d’Arthur Miller. Un drame qui déconstruit le mythe du rêve américain au sein d’une famille de la classe moyenne.

On y suit le quotidien de Willy Loman, un vendeur dans la soixantaine, épuisé par des années de dur labeur. Travailleur acharné, il n’a jamais réussi à transcender sa condition. Et à l’heure du bilan, Willy contemple son échec autant personnel que professionnel, sombrant peu à peu dans la démence.

C’est dans une simple maison de banlieue que Serge Denoncourt révèle les contradictions de cette famille rongée par les non-dits et le déni. Sa mise en scène joue la carte de l’intimité, loin de ses productions à grand déploiement (Roméo et Juliette, Cyrano de Bergerac ou encore Les trois mousquetaires). Il donne ici la part belle aux comédiens où chacun joue de finesse.

Le commis errant

Marc Messier est un commis voyageur broyé par le système capitaliste. Son interprétation de Willy Loman restitue bien le désordre intérieur d’un personnage mégalomane, au bord du gouffre. Messier explore ainsi les facettes d’un rôle exigeant qui oscille entre excès de rage et vulnérabilité. Son jeu est juste, sans artifice, ce qui permet à l’acteur de souligner l’étendue de son registre dramatique.

À ses côtés, Louise Turcot (Linda) incarne la femme aimante et bienveillante. La comédienne est bouleversante de sincérité. Il se dégage de son regard une infinie tendresse au sein de cette famille dysfonctionnelle.

Quant à Éric Bruneau (Biff), c’est un fils raté à fleur de peau. Le comédien joue un écorché vif qui contraste avec son rôle habituel de bellâtre. Il a bien cerné l’ambivalence de Biff qui cherche à s’affranchir de la tutelle paternelle sans jamais y parvenir. Il en est de même pour Mikhaïl Ahooja (Happy) en frère cadet adulescent.

La mort d’un commis voyageur est une pièce riche dont il est difficile d’appréhender tous les enjeux. Voilà pourquoi Serge Denoncourt s’attache autant aux répliques dont il assure la traduction. Il met en évidence la modernité de ce texte écrit en 1949. Il est bien sûr question du métier de vendeur, de réussite sociale ou de valorisation au travail.

Mais ce drame porte aussi sur le paraître et les faux-semblants. Cela n’est pas sans écho aux relations humaines à l’ère des médias sociaux. On s’y présente souvent sous son meilleur profil, alors que la réalité est tout autre, sous le vernis en surface.

Mort d'un commis voyageur - Théâtre du Rideau VertLa mort d’un commis voyageur
Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 4 novembre
Texte : Arthur Miller
Mise en scène et traduction : Serge Denoncourt
Distribution : Marc Messier, Mikhaïl Ahooja, Marilyse Bourke, Éric Bruneau, Sarah Cloutier Labbé, Charles-Alexandre Dubé, Aude Lachapelle, Robert Lalonde, Jean-Moïse Martin, Mathieu Richard, Manuel Tadros, Louise Turcot

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