Le terrier – le refuge de l’endeuillé solitaire

Présenté par le Théâtre Denise-Pelletier et produit par Tableau Noir du 1er au 19 novembre 2016, Le Terrier explore les thèmes de la mort et du deuil avec beaucoup de sensibilité et d’humour. D’ailleurs, la version originale du texte, Rabbit Hole, écrit par l’auteur David Lindsay-Abaire, a remporté le prix Pulitzer en 2007. La traduction est signée par Yves Morin et la mise en scène par Jean-Simon Traversy (Les Flâneurs célestes de Annie Baker, Théâtre Prospero, Constellations de Nick Payne, La Petite Licorne).

Le Terrier : un trou sans fond

Becca et Louis perdent leur fils de 4 ans dans un accident. La pièce raconte l’histoire de ce couple et de leur famille dévastés par ce deuil si injuste. De scène en scène s’ensuivent des discussions avec eux-mêmes ou en famille, tentant de cacher leur impuissance face à ce drame. Becca, Louis, Isa, Nat, Jason : chacun vit cette tristesse à leur façon, chacun dans leur trou noir.

Les dialogues, telles des balles de tennis, bondissent d’un personnage à l’autre, sans répit. Puis, d’un coup, un smash retentissant. À ce jeu, les cartes finissent par tomber, une à une, et la chair est à vif. C’est dur, mais tendre et accompagnés de moments émotifs intenses et colorés, quelques larmes seront versées ici et là dans le public. Puis, à travers ce trou sans fond du Terrier, apparaît une lueur d’espoir étonnante et lumineuse lors de la rencontre entre Becca et Jason, le jeune chauffard ayant tué son fils : un moment magique, d’espoir et de rédemption.

Le Terrier - Mazrou

© Éva-Maude TC

Une mise en scène en symbiose avec le texte

Sandrine Bisson, Frédéric Blanchette, Rose-Anne Déry, Pierrette Robitaille et André-Luc Tessier livrent une interprétation touchante et profonde. Leurs corps et leurs regards dévoilent une cassure, mais aussi un désir de continuer à vivre malgré le drame. Jean-Simon Traversy, avec sa mise en scène d’un espace dénudé, permet de se concentrer à 100% sur la matière brute, les sentiments.

Dans Le Terrier, les accessoires sont utilisés de façon ingénieuse : ils ne se retrouvent pas sur la scène, mais ailleurs, tout en servant le propos. La lumière et le son se réunissent d’une manière très originale pour quelques scènes en suggérant une télévision regardée par un personnage.

Le son, outil puissant, ravive l’émotion du spectateur en sollicitant sa propre imagination, ses propres images. Quant aux répliques, on est saisi par leur symbolisme :

« Le deuil, c’est comme une brique dans ta poche. Avec le temps, on finit par ne plus la sentir tous les jours. Puis, un jour, on met la main dans sa poche et on la retrouve. On sait qu’elle est lourde, pesante, mais on veut la laisser là. Parce que c’est ce qui nous relie encore au souvenir de nos disparus. », Nathalie, la mère de Becca.

Martine Robergeau

Le Terrier, présenté jusqu’au 19 novembre 2016 au Théâtre Denise-Pelletier, salle Fred-Barry
Durée : 1h30 sans entracte
Avec Sandrine Bisson, Frédéric Blanchette, Rose-Anne Déry, Pierrette Robitaille et André-Luc Tessier
Mise en scène : Jean-Simon Traversy
Traduction Yves Morin

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on Google+