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Les diablogues, ou les dialogues de l’absurde

par Amy Mailloux

On m’aura avertie en arrivant au théâtre : « il ne faut pas chercher à comprendre cette pièce, elle est complètement absurde! » Étant peu habituée à la programmation du Théâtre du Rideau Vert et préférant généralement aller au théâtre sans attentes, je me suis surprise à rire tout au long de la pièce, tant à cause du texte que de l’interprétation et la mise en scène les réunissant. Chapeau à Denis Marleau et son équipe pour cette réussite théâtrale.

Théâtre du Rideau Vert - Les Diablogues

Crédit photo: Jean-François Bérubé

Un texte bien encadré

Les Diablogues est une mise en commun d’une quinzaine de courtes scènes de l’auteur français Roland Dubillard, écrites à partir de 1947. Dans cette mise en scène de Denis Marleau, tout est mis en place pour promouvoir la poésie de l’auteur.

Dès le premier sketch, la sobriété de la scène surprend. Un tapis gris et, au mur arrière, une projection de l’intérieur d’une maison, fixe, sont les seuls éléments de décor (la projection change pour chaque scène). Par contre, dans ce cas-ci, un demi-fauteuil glisse aussi au bord de l’écran, son autre moitié faisant partie de la projection. Dès la première ligne, soit un « Beethoven ? » sonore prononcé par Olivier Morin, on comprend l’ambiance de la pièce.

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Stéphane Longpré et Linda Brunelle ont fait un travail de maître en ce qui concerne les décors et les costumes. Sobres et neutres, ceux-ci sont toutefois un peu décalés, cadrant bien avec le contenu présenté. Les pantalons trop courts d’Olivier Morin ou même la veste déboutonnée depuis la poitrine de Bruno Marcil, rendent les personnages un peu moins crédibles, donnant déjà l’impression que quelque chose cloche. Puis, quand les bouches s’ouvrent, malgré les décors ternes et l’absence d’effets sonores durant les scènes, on ne peut que s’esclaffer, tout concentrés que l’on est sur les textes de Dubillard. Sans vouloir révéler mon moment préféré, le sketch Le Ping-Pong est exemplaire de cette surprise dans la neutralité.

Aussi, bien que les scènes sont dépourvues d’effets sonores, les transitions de scènes sont, quant à elles, très dynamiques, nous gardant toujours dans l’ambiance absurde, tant par des enregistrements que de courtes performances vocales live.

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Des acteurs au service de la poésie absurde

Pour moi qui ne connaissais Sylvie Léonard que pour son fameux rôle de Sylvie dans Un gars une fille et quelques productions au cinéma, je l’ai redécouverte au théâtre l’an dernier dans Les deux voyages de Suzanne W. à Espace Go, où elle a livré une très belle interprétation. Dans Les Diablogues, l’actrice se renouvelle encore, cette fois en prenant le rôle de plusieurs personnages naïfs dans les sketchs pensés par Dubillard. Toutefois, bien qu’elle et son collègue Bruno Marcil apparaissent en tête d’affiche de cette pièce, je soulignerais l’interprétation sans failles des quatre autres acteurs et plus précisément de Carl Béchard, qui m’a fait rire à en pleurer plus d’une fois durant l’heure vingt-cinq de la pièce. Les quinze sketches, tous des duos, sont partagés entre les six acteurs du spectacle, tous à fond dans leurs rôles.

La mise en scène de Marleau est aussi sobre, les personnages étant somme toute assez statiques dans leur orientation scénique, mais incroyablement expressifs. Notamment, l’extrait Boutique 3 : Psychothérapie d’une pendule, très simple dans sa mise en scène, est rendu tellement plus drôle par la posture de Carl Béchard sur sa chaise…

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Crédit photo : Jean-François Hamelin

Bref, je refuse d’en dire plus, car, rarement si enthousiaste face à du théâtre humoristique, je vous encourage fortement à vous diriger vers le Théâtre du Rideau vert pour assister à cette pièce d’ici le 23 avril. Courte, bien faite et bien interprétée, Les Diablogues promet de vous faire rire.

Les Diablogues
TEXTES de Roland Dubillard
MISE EN SCÈNE par Denis Marleau
AVEC Sylvie Léonard, Bruno Marcil, Isabeau Blanche, Carl Béchard, Olivier Morin et Bernard Meney

Rencontre avec les artistes le 7 avril, suivant la représentation

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