Home Culture Les lettres d’Amour – le coeur écartelé

Les lettres d’Amour – le coeur écartelé

par Thomas Campbell

Dans une chambre, une femme rédige une lettre à son amant qui vient de mettre un terme à leur relation. Au vide de l’absence se superpose une myriade d’émotions que les mots peinent à retranscrire. Les lettres d’Amour est un monologue épistolaire dans l’intimité d’une femme sans nom. Sa voix est celle de toute personne, qui, un jour, a connu le goût amer de la rupture.

© Caroline Laberge

© Caroline Laberge

 Au nom de l’Amour

Le regard triste, l’air agité, Macha Limonchik apparaît sur scène en nuisette. Dans ses mains, un amas de feuilles qu’elle ne cesse de relire ou de chiffonner. Elle prononce alors une seule phrase lourde de sens :

Quand tu m’as dit, je ne t’aime plus, j’ai pensé quel courage…

Le ton de la pièce est instantanément donné. La comédienne incarne une femme blessée, profondément affectée par le départ de son amour. Dans une centaine de variations d’une même lettre, elle tente d’extirper le mal qui la ronge.

Macha Limonchik se plonge à corps perdu dans ce rôle avec une troublante authenticité. Sa prestation est à fleur de peau, touchante et passionnée. De l’amante esseulée, elle restitue toute la fragilité, le désespoir, la mélancolie et la fureur. On a envie de la consoler, de la prendre dans nos bras pour lui témoigner toute notre compassion. Chaque fêlure du personnage est rendue avec une telle intensité, une telle justesse, que son interprétation nous atteint en plein cœur. Elle épouse les contours de cette âme écartelée, déracinée de l’être aimé, dont le cœur est gonflé de larmes.

Et avec un texte d’Évelyne de la Chenelière, il ne pourrait en être autrement. Chaque mot est habilement pesé pour faire sens, pour coller au plus près de ce drame du quotidien. Alors quand on y ajoute des extraits des Héroïdes d’Ovide, la tragédie transcende les âges. Peu importe l’époque, le vide affectif reste le même.

Macha Limonchik n’a d’ailleurs aucun mal à prêter sa voix à ces héroïnes antiques, victimes de l’absence. Pénélope, Didon, Phèdre et Ariane sont d’autres figures pour évoquer le désir, la solitude ou la douleur. Et là encore, la comédienne ne se contente pas de réciter ces lettres, elle donne vie à chaque phrase.

© Caroline Laberge

© Caroline Laberge

 Lettres en puissance

Au-delà de la surprenante rencontre entre Évelyne de La Chenelière et Ovide, Les lettres d’Amour est une expérience théâtrale atypique. David Bobée privilégie une approche multidisciplinaire où la musique se mêle au cirque.

Sur scène, Dear Criminals est un écho direct aux états d’âme de la femme blessée. Le groupe est une pièce importante de la mise en scène, car ses rythmes électros-folk dévoilent une autre facette du personnage. Quant à Anthony Weiss, ses numéros de voltige ajoutent une touche de symbolisme, car il incarne la figure de l’amant qui se dérobe sans cesse.

 Les lettres d’Amour est une pièce hors-norme montrant les ravages du désamour d’un homme pour sa femme. Une histoire portée par un texte d’une extrême sensibilité et un brillant mélange des genres.

Les lettres d’Amour, une pièce à découvrir à l’Espace Go jusqu’au 7 mai.

Les lettres d’Amour
TEXTE Evelyne de la Chenelière et Ovide
MISE EN SCÈNE David Bobée
AVEC Macha Limonchik, Anthony Weiss (sangles aériennes), Dear Criminals (musique)

Pour d’autres découvertes, suivez #Mazroudécouvre

You may also like