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L’Homme éléphant – monstrueusement humain

par Thomas Campbell
L'Homme éléphant - Théâtre du Rideau Vert

Pour sa rentrée hivernale, le Théâtre du Rideau Vert s’intéresse à un phénomène qui a défrayé la chronique Anglaise : l’Homme éléphant. Une histoire fascinante inspirée de la vie d’un Britannique atteint de graves malformations.

Au XIXe siècle, Joseph Merrick a longtemps été considéré comme un monstre de freak show. Une créature hideuse qui inspirait la peur et le dégoût. Après des années d’errance et de maltraitance, il sera recueilli dans un hôpital sous la bienveillance d’un chirurgien. Merrick attirera alors la sympathie de la haute société londonienne, sorte de réhabilitation sociale, avant de succomber…

Le destin de l’Homme éléphant nous est étrangement familier. Sans connaître son parcours en détail, on sait qu’il a été immortalisé à l’écran par David Lynch. On a tous vu ce personnage défiguré par le syndrome de Protée. La même curiosité nous pousse à venir au théâtre pour le voir.

Jean Leclerc nous réserve néanmoins une surprise de taille. Sa mise en scène ne repose sur aucun artifice pour montrer le handicap. Pas le moindre accessoire ni la moindre prothèse. Les déformations de Merrick sont pourtant bien présentes. Elles sont visibles par la seule posture du comédien qui l’incarne. Une prestation qui frappe l’imaginaire de bien des façons.

L'Homme éléphant - Théâtre du Rideau Vert

© Jean-François Hamelin

Un Homme éléphant humain

Benoît McGinnis est connu pour l’exigence de ses rôles (Caligula, Mercutio), mais il relève ici un nouveau défi : celui de se déformer physiquement. Mâchoire tordue, démarche claudicante et élocution défaillante, McGinnis est méconnaissable. Il nous fait ressentir la souffrance de Merrick en rendant tangibles ses lourds handicaps. McGinnis ne joue pas l’Homme éléphant, il le devient en s’abandonnant totalement à son personnage. Et grâce à une interprétation qui s’attache à l’humanité de Merrick plutôt qu’à sa difformité, il échappe au piège de la caricature.

L’Homme éléphant nous ramène à un drame psychologique où la monstruosité prend la forme de préjugés. On ne peut que compatir à tous les abus auxquels Merrick a été victime. Seulement, Jean Leclerc ne cherche pas à attirer notre pitié. Les seconds rôles dévoilent un homme d’une étonnante résilience. David Boutin (Frederick Treves) est un médecin dévoué, Roger La Rue (Sir Carr Gomm) un bienveillant directeur, et Sylvie Drapeau (Madge Kendal) déborde de tendresse.

Même après 150 ans, le destin de l’Homme éléphant n’en finit pas de nous fasciner. La pièce parvient à nous faire oublier ce corps hors-norme pour se concentrer sur l’être et non plus le paraître. Ce message prend le contre-pied de notre société où l’apparence est reine.

 

L'Homme Éléphant - Théâtre du Rideau VertL’Homme éléphant
Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 3 mars
Une pièce de Bernard Pomerance
Traduction et mise en scène Jean Leclerc
Distribution Benoît McGinnis, Annick Bergeron, David Boutin, Sylvie Drapeau, Chantal Dumoulin, Germain Houde, Hubert Proulx et Roger La Rue

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