Home Culture Madame Catherine prépare sa classe… – Le testament d’une enseignante à ses élèves

Madame Catherine prépare sa classe… – Le testament d’une enseignante à ses élèves

par Marie-Andree Arsenault
Madame Catherine prépare sa classe... - Prospero

À trop vouloir protéger ceux que l’on aime, peut-on en venir à les mettre en danger? Avec Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable, le Théâtre Surreal SoReal et le Théâtre Prospero donnent une voix à une peur sourde. Celle de voir survenir le pire : la mort entre les murs de nos écoles.

On entre dans la salle intime du Théâtre Prospero en s’excusant presque. Alors qu’on traverse la scène pour atteindre les sièges, Madame Catherine est déjà à son bureau. Les élèves de la classe ne sont pas encore arrivés; on entend leurs rires dans la cour d’école. Mamadou, Tamara, Damien et les 14 autres petits dont les spectateurs joueront les rôles n’auront qu’à bien se tenir. En effet, pour la dernière journée d’école, Madame Catherine leur a préparé une leçon de survie en cas de tuerie.

Cours, cache-toi, attaque

Dans cette comédie noire collée à l’actualité, le texte mordant d’Elena Belyea, traduit par Olivier Sylvestre, est rendu avec fougue par Alice Pascual. Madame Catherine prépare sa classe… tient ses spectateurs captifs d’une mise en scène alliant marionnettes, masques, rap et mise en situation. La variété des moyens pris est ingénieuse dans le cadre d’une classe.

Or, le décalage entre la portée du discours et l’âge des élèves auquel il est adressé l’est tout autant. En tant que spectateur, on est soudain désemparé, à huit ans, d’avoir accès à autant d’informations. C’est là tout le génie de cette pièce : nous donner à voir et à entendre un monologue auquel des enfants ne devraient jamais assister… Mais comment faire alors pour les mettre en garde, les protéger?

Madame Catherine prépare sa classe... - Prospero

© Zoé Roux

Un acte égoïste ?

Même après réflexion, on ne parvient pas à en vouloir à Madame Catherine d’avoir planifié une leçon aussi particulière pour ses petits. Entre certitude et détresse, lucidité et paranoïa, ce personnage complexe est assurément touchant. Madame Catherine prépare sa classe… est peut-être avant tout le portrait d’une solitude indescriptible. Celle d’une enseignante dévouée et aimante, mais rongée par la peur. Une femme dont les seuls interlocuteurs sont les enfants de huit ans qui la rattachent encore à la réalité.

Ainsi, on sort estomaqué de ce combat intérieur ô combien humain, lequel est accentué par les jeux d’éclairage variant en fonction de l’angoisse du personnage confiné dans sa classe. « Fais attention aux autres autour de toi et, surtout, fais attention à toi », nous répète-t-elle avant de nous en libérer. Une leçon qui lui coûtera cher, trop cher. Dommage qu’elle ait dû se mettre à ce point en danger pour nous apprendre à nous protéger. À voir absolument.

Madame Catherine prépare sa classe à l’irrémédiable
Salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 14 avril
Texte : Elena Belyea
Traduction : Olivier Sylvestre
Mise en scène : Jon Lachlan Stewart
Distribution : Alice Pascual, Frédéric Lavallée

 

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