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Molière, Shakespeare et moi : douce folie

par Thomas Campbell
Moliere Shakespeare et moi

Molière, Shakespeare et moi souligne, à sa façon, les 375 ans de Montréal. Cette pièce joyeusement loufoque réinvente l’histoire de la métropole. Ici tout est prétexte à rire. Dès l’ouverture, on assiste à un numéro musical qui donne le ton du spectacle. Les comédiens chantent un refrain totalement décalé sur une musique digne de Broadway. Le public, hilare, se demande quel est cet ovni théâtral.

Or, du moment où on accepte d’entrer dans sa douce folie, ce divertissement fait sens. La création d’Emmanuel Reichenbach joue avec les codes établis sans aucune mesure. Son texte est une pastille effervescente où vaudeville, jeux de mots et anachronismes s’enchaînent durant 80 minutes.

La pièce a pour fil rouge Thomas Beaubien, un auteur sans le sou. En panne d’inspiration, il fait appel à deux monstres sacrés du théâtre : Molière et Shakespeare. Mais comme l’histoire n’est que pure fantaisie, la scène se transforme vite en grand terrain de jeu.

À la comédie, elle emprunte l’aspect farceur et satirique. À la tragédie, le côté plus dramatique (complots, meurtres et trahisons). Ces deux facettes cimentent la pièce et évitent tout flou artistique. Car même si ce mélange des genres détonne, il finit par fonctionner. Et cela tient surtout à une solide distribution.

Molière Shakespeare et moi

© François Laplante Delagrave

Molière et Shakespeare, duel au sommet

Dans Molière, Shakespeare et moi, chaque rôle est caricatural. On retrouve l’auteur bohème (Simon Beaulé-Bulman), le tyran infantile (Roger La Rue). Le religieux débauché (Carl Béchard), la prostituée cupide (Anne-Élisabeth Bossé), le coureur des bois stupide (Mathieu Quesnel, méconnaissable), ou encore la séduisante Amérindienne (Chloé Barshee). Chaque comédien est à sa place, jouant bien la carte de la dérision. Mention spéciale à Carl Béchard en homme de foi pas très catholique, mégalomane libidineux.

La mise en scène de Charles Dauphinais assume pleinement son côté déjanté. Tout est amplifié autant dans la gestuelle que dans les répliques. Et même si la vision de Montréal est à mille lieues du modèle original, la pièce en parle avec beaucoup d’affection. Certains clins d’œil anachroniques le montrent habilement (La Baie d’Hudson, la circulation, la politique, etc.).

Les créateurs font donc preuve d’une belle créativité qui s’affranchit de toute rigueur historique. Le spectacle est comme un gros bonbon acidulé bourré de clichés. Molière, Shakespeare et moi transgresse ainsi les règles classiques pour provoquer le rire. Le pari est réussi pour cette pièce estivale qui ne se prend jamais au sérieux pour notre plus grand plaisir.

 

Molière Shakespeare et moi
Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 22 juillet
Texte Emmanuel Reichenbach
Mise en scène Charles Dauphinais
Avec Simon Beaulé-Bulman, Anne-Élisabeth Bossé, Mathieu Quesnel

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