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Nyotaimori, du travail et de l’absurde

par Amy Mailloux
Nyotaimori

Le Nyotaimori, c’est la présentation de sushis sur le corps d’une femme nue.

Ce concept évoque la femme-objet, une femme passive, certes. Si on aborde ce sujet dès les débuts de la pièce, ce n’est pourtant pas une énième pièce dite féministe, même si le sujet est abordé. Sur cette scène centrale, très sobre, Maude, rédactrice/auteure pigiste, et Frank, créatif dans une agence, discutent de ce milieu des agences, avec une réticence claire de Maude par rapport aux mots-valises évoqués par Frank: « Incubateur, brief, agence créative, perspectives croisées« … C’est sur un ton humoristique que Sarah Berthiaume livre cette première partie de Nyotaimori, qui lance rapidement le spectateur dans une dynamique réflexive, ou auto-dérisoire, en utilisant un ton sarcastique et des situations absurdes.

Nyotaimori

(c) Valérie Remsie

La mode du travail

Les personnages de Nyotaimori sont tous définis par un élément commun: le travail. Et n’est-ce pas là une représentation de notre génération, que de se définir par son travail, d’en parler, de le montrer, de toujours mettre au premier plan son emploi unique, libérateur, où l’on est libre d’être unique et de se démarquer. Au-delà de l’image, n’est-on pas aussi dans une époque où les taux de dépressions reliées au travail sont effarants?

Ce que Berthiaume écrit et met en scène ici, c’est la déshumanisation qu’amène le travail (ainsi que la surconsommation qui en découle) derrière cette prétendue individualité qu’il amène. De nombreux sujets sont également abordés: féminisme, mondialisation, suicide, consommation.

Et si tout ce qu’on voulait, parfois, c’est qu’on ne nous demande rien de plus qu’être une table?

La mode de l’absurde

Alors que Nyotaimori, dans sa sobriété visuelle et son aplomb textuel, accroche dans sa première partie, l’absurdité et le surréalisme utilisés pour exprimer les points de vue de l’auteur sont surutilisés dans la seconde. N’est-ce pas d’ailleurs une mode, dans le théâtre contemporain, d’utiliser l’autodérision et le surréalisme pour dénoncer un sujet difficile à aborder? Ne m’y méprenez pas, je suis fan de cette tactique, mais la tentation d’aller trop loin l’emporte parfois, comme c’est le cas pour Nyotaimori.

Nyotaimori

(c) Valérie Remsie

Une pièce à voir, décidément, puisqu’elle soulève des questions importantes qui, selon nous, ne sont que peu abordées encore aujourd’hui, et qui doivent l’être avant que l’on en déborde. Par contre, si on peut diviser Nyotaimori en deux « parties », la seconde aurait gagné à rester plus près de la première, sans se perdre dans d’autres sujets connexes, pertinents certes, mais pas si abordés aussi rapidement et dans un cadre surréaliste duquel on s’est un peu perdu.

Nyotaimori, au Centre du théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 27 janvier

En supplémentaire le samedi 27 janvier à 20h

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