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Otello de Verdi – la rage au coeur

par Thomas Campbell

Un général triomphant, une femme dévouée et un odieux manipulateur. Une sublime idylle entachée par la jalousie. Et de funestes ombres entre vengeance et calomnie.

À Chypre, Otello est victorieux d’une bataille navale contre les Turcs. Acclamé en héros, il retrouve Desdemona, sa jeune épouse. Une fête célèbre même ce retour triomphal et envahit la ville. Parmi la foule en liesse, Iago est morose. Il reproche à Otello d’avoir promu Cassio au rang de capitaine. Sa rancœur est si grande que Iago a désormais une seule obsession : se venger d’Otello et provoquer sa chute.

Otello de Verdi

© Yves Renaud

Le démon de l’amour

Tragédie romantique par excellence, l’opéra de Verdi est une œuvre exaltante où la vengeance nourrit la haine, et la passion pousse au crime.

Sous les traits d’Otello, Kristian Benedikt en impose avec sa voix de stentor. Il rend bien les contradictions du général maure, véritable colosse aux pieds d’argile. En apparence, Otello incarne puissance et bravoure alors qu’il demeure sensible et vulnérable. Le ténor lituanien passe ainsi des élans de tendresse aux accès de rage. Kristian Benedikt est même plus convaincant dans ses emportements où son interprétation gagne en profondeur. Otello est un personnage complexe. Amant impulsif, à la fois juge et bourreau, il se laisse aveuglé par ses sentiments.

A contrario, Hiromi Omura dégage une extrême douceur en Desdemona. Grâce à une interprétation toute en nuances, elle est touchante dans ce rôle de femme bafouée. La soprano japonaise nous charme avec ses envolées lyriques, notamment avec son bouleversant Ave maria, juste avant le sacrifice final. Desdemona est en cela un modèle de dignité, car même dans l’adversité, elle reste fidèle à Otello. Or, malgré toutes ces qualités, elle sera la victime collatérale de rivalités masculines.

Car voilà la véritable trame de cet opéra : l’orgueil blessé de Iago, enclin à se venger plutôt qu’à pardonner. Aris Argiris est cette infâme comploteur, sinistre serpent qui encercle sa proie pour mieux l’étouffer. Face à Otello, Il est l’humble conseiller alors qu’en coulisses il est le mauvais génie qui attise les tensions. Par son plan diabolique, les deux amants sont condamnés à s’entredéchirer. Iago distille ainsi le venin de la suspicion et sème la graine de la jalousie. Ce rôle à double face permet au baryton grec d’explorer un large registre vocal. Aris Argiris est tantôt amical et froid, tantôt enjôleur et calculateur. Il est à son aise dans le statut du traître, car il nous rend le personnage détestable à souhait.

Otello de Verdi

© Yves Renaud

Une adaptation fidèle un peu sage

Otello fait partie du répertoire classique de l’opéra. Chaque adaptation donne ainsi l’occasion de redécouvrir cette œuvre suivant les choix de mise en scène. Glynis Leyshon en propose une version très sobre. Dans son ensemble, le décor est assez neutre, malgré quelques effets visuels intéressants. On aurait pu s’attendre à une version plus flamboyante, voire un peu moins conservatrice. Ce parti pris artistique a toutefois l’avantage de donner plus de place aux interprètes et à la partition de Verdi.

L’orchestre symphonique décuple les mots de Shakespeare. Il accentue les conflits des personnages et le pouvoir destructeur de l’amour. Voilà en définitive la magie de tout bon opéra. Réunir sur un même espace la puissance de la musique et l’intensité du théâtre.

Otello est un opéra éclatant sous fond de mensonges, de trahisons et de sacrifices. À découvrir à la Place des Arts jusqu’au 6 février.

Otello
COMPOSITEUR Verdi
ADAPTATION D’UNE PIÈCE DE William Shakespeare
MISE EN SCÈNE Glynis Leyshon
CHEF Keri-Lynn Wilson
Avec Otello Kristian Benedikt / Desdemona Hiromi Omura / Iago Aris Argiris / Cassio Antoine Bélanger / Emilia Lauren Segal / Roderigo Pasquale D’Alessio / Montano Josh Whelan / Lodovico ValerianRuminski / Héraut Geoffroy Salvas

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