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Rouge Speedo – De l’art de la noyade

par Marie-Andree Arsenault

Rouge Speedo questionne l’éthique sportive : jusqu’où doit-on aller pour atteindre le podium? Mais cette pièce va plus loin. On plonge au cœur de la psychologie humaine qui pousse plus souvent qu’autrement à mesurer la valeur des gens à ce qu’ils ont plutôt qu’à ce qu’ils sont. Et dans cette joute entre avoir et être, la manipulation est reine.

Dans Rouge Speedo, on se retrouve la veille des qualifications en natation pour les Olympiques. Un drame menace d’éclater au bord de la piscine. Des drogues ont été trouvées au club de natation. Le coach est mis au pied du mur par Peter, frère et agent de Ray, jeune espoir olympique. Devrait-on en avertir les autorités au risque de salir la réputation du club et de jeter de l’ombre sur Ray ou taire l’affaire?

Ray accumule les performances exceptionnelles depuis son retour à la compétition. Son corps est sculpté pour un seul but : la victoire. Mais c’est une enveloppe vide qui se jette inlassablement dans la piscine. Un athlète marionnette à la charge de tous ceux qui veulent bien le faire vivre. À prime abord, un seul semble réellement contrôler les ficelles de ce pantin : Peter. C’est sauter bien vite aux conclusions que de le croire seul coupable.

Rouge Speedo - Livart

© Hugo B Lefort

Rouge Speedo : nager ou fuir ?

Marc-André Thibault (Ray), Louis Labarre (Peter), Guillaume Regaudie (coach) et Catherine Paquin-Béchard (Lydia) se partagent la scène avec une chimie particulièrement forte. Leurs destins sont assurément rattachés à la victoire de Ray, laquelle représente un fardeau de plus en plus lourd pour l’athlète.

De cette distribution, impossible de ne pas relever le jeu très juste de Marc-André Thibault (Ray). On apprécie sa vulnérabilité au sein de ce monde dans lequel il n’est apte qu’à nager ou à fuir la réalité alors qu’il aspire à tellement plus. Comme si la vitesse de ses performances était insuffisante pour retrouver le souffle qui lui manque.

On salue la mise en scène minimaliste de Louis-Philippe Tremblay qui est efficace. Si le sol rappelle le bord de la piscine, l’effet de miroir créé par le mur du fond intègre le public à la distribution. Celui-ci prend en effet la place de la foule entourant la piscine pour les qualifications. Le clin d’œil est amusant. Chapeau au compositeur Guillaume Regaudie pour la trame musicale dont la puissance ajoute à la fougue des échanges.

Se tirer vers le fond

Dans Rouge Speedo, bien que des rapports de force se chevauchent entre les personnages, on réalise peu à peu que chacun a besoin de l’autre. C’est une véritable chorégraphie qui se joue, un ballet aquatique dans lequel chacun plie l’échine pour mieux la redresser.

La scène finale de combat est particulièrement intéressante. C’est là que toute la joute argumentative à laquelle on assiste depuis le début de la pièce prend corps, modifiant dramatiquement les rapports établis jusqu’alors.

À quel moment gagner perd-il son sens? On sort songeur de Rouge Speedo : la chute vertigineuse d’un jeune athlète aux rêves trop lourds à porter pour ne pas couler. À voir.

 

ROUGE SPEEDO

LivArt du 13 au 24 mars 2018
Texte : Lucas Hnath
Mise en scène : Louis-Philippe Tremblay
Traduction : Jean-Simon Traversy
Compositeur : Guillaume Regaudie
Distribution : Guillaume Regaudie (Coach), Catherine Paquin-Béchard (Lydia), Marc-André Thibault (Ray), Louis Labarre (Peter)

 

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