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Le Songe d’une nuit d’été – ivresse et enchantements

par Thomas Campbell
Songe d'une nuit d'été - Théâtre Denise Pelletier

Le Songe d’une nuit d’été apporte un vent de fraîcheur au Théâtre Denise Pelletier. Un surprenant souffle de création pour une pièce mainte fois adaptée. On le sait, s’attaquer à Shakespeare est toujours un défi. On se heurte au poids de l’héritage d’un génie du théâtre. C’est comme si son œuvre était trop sacrée pour en proposer une nouvelle vision. Or, Frédéric Bélanger ose bouleverser les codes établis. Il s’affranchit de l’ombre du maître dans sa version du Songe d’une nuit d’été.

Pour les puristes, sa mise en scène semblera probablement en décalage avec le modèle original. Et pour cause, Bélanger nous offre une relecture contemporaine. Le mot DREAM scintille en lettres géantes en façade d’une boîte de nuit et donne le ton de la pièce. On s’éloigne de l’univers de cours et des forêts enchantées pour s’ancrer dans l’âge d’or du cinéma Hollywoodien.

Dans cette version, Titania devient une star glamour, Obéron un ténébreux dandy, tandis que le chassé-croisé amoureux reste inchangé. On y retrouve deux jeunes couples confrontés aux caprices de leurs sentiments. Hermia préfère Lysandre à Démétrius qui est pourchassé par les avances d’Helena. Et au milieu de cet impossible quatuor, le trublion Puck brouille les cartes…

Songe d'une nuit d'été - Théâtre Denise Pelletier

© Gunter Gamper

Un Songe moderne

Avec une intrigue pareille, Le songe d’une nuit d’été avait bien besoin d’une cure de rajeunissement. La traduction de Steve Gagnon dépoussière ainsi ce texte vieux de 400 ans en conservant l’esprit de la pièce. « Sa plume est passionnelle, brute, poétique, viscérale, charnelle et débridée » comme le résume Bélanger. La pièce prend alors une dimension plus humaine dans une langue décomplexée.

Les répliques fusent entre les comédiens où chacun brille à sa manière. Les jeunes couples sont survitaminés avec en première ligne Steve Gagnon (Démétrius) possédé par l’amour, et Karine Gonthier-Hyndman (Helena) totalement hystérique. Maude Guérin (Titania) rivalise de sensualité  face à un Étienne Pilon (Obéron) aussi jaloux que machiavélique. C’est sans compter le trio Adrien Bletton, Olivia Palacci et Jean-Philippe Perras, hilarants dans leurs bouffonneries.

Mais celui qui nous impressionne le plus est Dany Boudreault. Sous son air androgyne, le comédien se taille le meilleur rôle. Son Puck est tour à tour rusé, impertinent et cynique. Boudreault irradie de charisme. Il chante, danse et fait même le Moonwalk.

On l’aura compris, la réussite de ce Songe d’une nuit d’été tient à un subtil équilibre. Une traduction audacieuse, une éclatante distribution et un espace de jeu où se mêlent habilement musique et technologie. Derrière sa frivolité, la pièce parle un langage universel qui transcende les âges : le besoin d’être aimé. Car au siècle de Shakespeare comme à l’ère numérique, ce sentiment bouleverse les sens et nous chavire.

 

Songe d'une nuit d'été - Théâtre Denise PelletierLe Songe d’une nuit d’été
Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 18 avril
Texte William Shakespeare
Adaptation Steve Gagnon et Frédéric Bélanger
Mise en scène Frédéric Bélanger
Avec Adrien Bletton, Dany Boudreault, Gabrielle Côté, Steve Gagnon, Karine Gonthier-Hyndman, Maude Guérin, Hubert Lemire, Olivia Palacci, Jean-Philippe Perras, Étienne Pilon

 

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