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Trainspotting – génération perdue

par Thomas Campbell

Sans emploi ni avenir, Mark Renton se réfugie dans la drogue avec une bande d’amis. Leur quotidien est une succession de buzz et d’injections pour fuir la monotonie ambiante. Inséparables, ils squattent des apparts miteux dans l’attente de leur prochaine dose.

Trainspotting explore les dessous d’une jeunesse en perdition qui, un jour, s’égare et déraille à cause de problèmes de dépendance. La pièce rend parfaitement cette dure réalité par son langage cru, son décor crasseux et ses scènes chocs.

Trainspotting

Trainspotting, une collision frontale

Si le film de Dany Boyle reste une référence des années 90, cette version théâtrale a le mérite d’être aussi percutante grâce à une mise en scène nerveuse et décomplexée. Cela tient avant tout par une brillante distribution qui joue un groupe d’héroïnomanes convaincant.

Le fait d’avoir suivi une formation auprès d’intervenants de l’organisme Point de Repères permet à la pièce de prendre une dimension beaucoup plus tangible. Sur scène, on assiste à des fixs plus vrais que nature, on expérimente la sensation de manque de chaque toxicomane et on éprouve un profond malaise à les voir tomber si bas.

Lucien Ratio incarne le paumé Mark Renton, véritable parasite du système. Son interprétation reflète autant les moments d’extase du personnage que sa lucidité passagère où il a conscience du pathétisme de sa condition. Lucien Ratio expose chaque fêlure de cet écorché vif en mal de vivre.

Jean-Pierre Cloutier est un attachant Tommy qui passe d’un rôle assez drôle à un autre profondément tragique. C’est d’ailleurs toute une performance quand on assiste à la transformation physique du comédien quand il tombe dans l’enfer de la drogue.

Charles-Étienne Beaulne est le survolté Begbie, toujours prêt à se battre ou à repousser ses limites. Impulsif, violent, il n’a peur de rien ni de personne, même si ses scènes prêtent le plus souvent à rire avec ses chapelets de sacres. Quant à Claude Breton Potvin la seule fille du lot, elle assume plusieurs rôles, de la femme enceinte battue à la junkie monoparentale. Elle nous offre une des scènes les plus dramatiques dans un déchirant cri du cœur.

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Un cycle infernal

Trainspotting est une pièce bouleversante sur les effets dévastateurs de la drogue. Sans poser de regard moralisateur, elle nous sensibilise à un phénomène bien actuel, car la toxicomanie est un fléau qui continue à faire des ravages.

La mise en scène de Marie-Hélène Gendreau est en cela sans compromis. Elle aborde l’exclusion sociale et la déchéance du corps dans un cadre malsain où des effets stroboscopiques nous abrutissent. Alors bien évidemment cela reste du théâtre, mais l’illusion est telle que la réalité n’est jamais très loin.

Ici, le fameux quatrième mur ne nous protège pas des excès qui se jouent sur scène. Tout est souillé, abîmé et intoxiqué par les psychotropes. La souffrance des personnages nous explose en plein visage et nous transperce. Autant dire que la pièce nous ébranle pendant près d’une heure et demie, surtout que la traduction de Wajdi Mouawad se teinte de joual, ce qui rend le texte encore plus frappant. L’effet de proximité est aussi renforcé par le facteur identitaire et la relation conflictuelle avec le colonisateur anglais.

Ce Trainspotting est le reflet d’une jeunesse désenchantée en perte de repères qui malheureusement est tout, sauf de la fiction.

À découvrir au Théâtre Prospero jusqu’au 14 mai.

Trainspotting
TEXTE Irvine Welsh
TRADUCTION Wajdi Mouawad
MISE EN SCÈNE Marie-Hélène Gendreau
AVEC Charles-Étienne Beaulne,Martin Boily, Claude Breton-Potvin,  Jean-Pierre Cloutier et Lucie Ratio

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