Home Culture 2019 revue et corrigée – Quand l’actualité est plus drôle que sa parodie

2019 revue et corrigée – Quand l’actualité est plus drôle que sa parodie

par Penelope Jolicoeur
2019 Revue et corrigée - Mazrou

Depuis 15 ans déjà, Revue et corrigée est une tradition du temps des fêtes au Rideau Vert. Certaines éditions sont plus réussies que d’autres… Et celle de 2019 se trouve quelque part dans la moyenne.

Signifions d’emblée que je ne suis clairement pas le public cible de ce spectacle. Celui-ci est majoritairement constitué de baby-boomers, blancs et en couple, avec une personne du sexe opposé. Je trouve important de faire ce constat puisque le spectacle peut assurément plaire à une grande partie de cette démographie. Il est toutefois moins certain qu’il saura charmer un plus large public.

On s’attendait à un numéro d’ouverture avec plus d’éclat et d’énergie. Malgré tous les efforts de Marc St-Martin en Greta Thunberg et la très bonne imitation de la sautillante Valérie Plante par une Julie Ringuette en grande forme, le numéro manque de gags et tombe à plat. Ce sketch donne le ton à la soirée. Malgré des comédiens de talent et une mise en scène rythmée et efficace de Nathalie Lecompte, les bonnes blagues ne sont pas souvent au rendez-vous. On sourit parfois, on rit rarement à gorge déployée. Mais quand c’est le cas, c’est si réussi qu’on en pleure de rire. Spectacle très inégal, donc, qui nous laisse une drôle d’impression.

Se succède à une vitesse effrénée une série de courtes vignettes nous rappelant l’actualité de 2019. Si peu de sketchs retiennent vraiment notre attention, certaines performances méritent toutefois d’être soulignées. François Parenteau nous offre une succulente Denise Bombardier qui explose littéralement d’arrogance. Julie Ringuette nous présente un slam d’une Catherine Dorion lumineuse.

Quant à Martin Vachon et Suzanne Champagne, ils nous offrent plusieurs personnages tout en nuances, dont un vendeur de cochonneries et Elizabeth May, pour ne nommer que ceux-ci. La première étoile de la soirée revient à Marc St-Martin qui a bien compris que plus la caricature est loufoque, mieux c’est! Avec ses imitations hilarantes de Jean-Marc Généreux, Michel Bergeron, Maripier Morin et Patrice Roy, entre autres, il insuffle rire et extravagance au spectacle.

2019 Revue et corrigée - Mazrou

 

Avouons qu’il est de plus en plus difficile pour une revue de l’année d’être plus comique et plus absurde que l’actualité elle-même. Les frasques de Trudeau sont plus drôles que le sketch qui lui est consacré. Il en est de même pour le discours de Trump qui n’arrive pas à la cheville des âneries que le Président peut prononcer sur une base quotidienne.

Notons cependant au passage quelques bons coups, dont les manchettes de PKP, la parodie de District 31, McSween et Labaume, Loto Max et Extinction Rebellion avec les imitations truculentes de Geneviève Guilbault et de François Legault. Le numéro le plus réussi de la soirée reste celui de l’échange émotif entre Gilles Duceppe et son fils Alexis Brunelle-Duceppe lors de la soirée électorale. On rit fort. Le sketch s’étire malheureusement en longueur en tombant dans le cabotinage et l’absurde, mais les comédiens semblent avoir tellement de plaisir à nous faire rire qu’on les pardonne aisément.

On ne peut toutefois passer sous silence les moments plus laborieux du spectacle, à commencer par ce numéro où Jean-Philippe Wauthier et Guy A. Lepage se font expliquer les nouvelles normes concernant la diversité à Radio-Canada. On en profite alors pour tourner en ridicule des revendications de représentativité à l’écran. Il est normal d’éprouver un profond malaise à voir des comédiens blancs, qui interprètent des textes d’auteurs blancs devant une salle remplie de blancs, rire de considérations aussi essentielles. Même sentiment pénible avec ce numéro où deux banlieusards de Québec sont aux prises avec le changement de nom de la rue Amherst pour Atateken.

Un autre malaise lorsqu’il est question de jouer sur le côté alarmiste de Thunberg, sur une folle finie des petits sacs zéro déchets ou sur le gros cliché du monsieur qui est contre le nouveau guide alimentaire canadien et qui veut son steak. On assiste malheureusement à des numéros qui réconfortent le public dans son petit racisme ordinaire, ses préjugés et dans la négation de l’urgence climatique. Oui, il est possible de rire de tout. Encore faut-il le faire avec finesse, empathie et humour. Ce qui n’est malheureusement pas le cas en l’espèce.

Nous allons au théâtre pour nous divertir, mais également pour réfléchir, pour vivre des émotions. Avec des revues de l’année souvent convenues comme Revue et corrigée, très loin des belles années du Bye Bye, on en vient à se demander si ces dernières sont encore pertinentes dans leur format actuel…

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