Home Culture Amok ou le naufrage de la passion

Amok ou le naufrage de la passion

par Krystel Bedard
Amok - Cinquieme salle

Amok : le journal d’un fou d’amour est une pièce adaptée de la nouvelle de Stefan Zweig. Après avoir été applaudie à plus de 300 reprises en France et avoir valu à Alexis Moncorgé le Prix Molière 2016 de la Révélation masculine, voilà que l’œuvre s’installe sur la scène de la Cinquième Salle.

Amok dépeint la descente aux enfers d’un médecin allemand installé en Malaisie qui, en ce jour de 1912, reçoit la visite inattendue d’une étrangère lui demandant de pratiquer une intervention chirurgicale interdite. Après avoir initialement refusé d’aider la femme, malgré la fascination qu’elle exerce sur lui, il commence à être rongé par la culpabilité. Dans l’espoir de la sauver, il entame une course folle à travers la ville à la manière d’un amok, ces êtres exaltés pris d’une brutale folie meurtrière.

Amok - Cinquieme salle

Amok, un périple solitaire

Alexis Moncorgé interprète seul sur scène le rôle du médecin qui, fuyant les autres passagers du bateau qui le ramène en Europe, supplie le spectateur d’écouter le récit troublant dont il cherche à se délester. Commence alors un périple dans sa mémoire qui nous mènera des confins de la jungle malaisienne aux bordels de la capitale.

La mise en scène toute simple de Caroline Darnay sert efficacement le propos, appuyant avec force certains moments clés, telle une nuit de rêves agités représentée par des effets d’ombres et une chorégraphie effrénée.

Malheureusement, force est de constater, dans la première moitié du spectacle, que le texte dont est inspirée la pièce – originalement paru en 1922 – a mal vieilli. En effet, le spectateur contemporain  peine à s’immerger complètement dans l’histoire de cet homme dont les réactions sont teintées d’un orgueil et d’un mépris dignes d’un colonialiste de l’époque. Plutôt que de critiquer ces travers, l’œuvre semble vouloir les utiliser pour susciter l’empathie du spectateur pour le personnage, ce qui se solde par un échec.

Pourtant, au fil du texte, le discours bascule : c’est la culpabilité qu’il éprouve qui poussera le médecin à s’abandonner corps et âme à un seul but, sauver la vie – et l’honneur – de cette femme qui l’obsède. Alors, témoin de son spectaculaire oubli de soi, on commence à comprendre pourquoi, malgré tout, cette histoire vaut la peine d’être racontée. À voir, donc, pour savourer cette montée dramatique bouleversante ainsi que la poignante interprétation d’Alexis Moncorgé.

 

Amok : le journal d’un fou d’amour
Cinquième Salle
Jusqu’au 25 février
Texte : Alexis Moncorgé, d’après l’œuvre de Stefan Zweig
Mise en scène : Caroline Darnay
Avec Alexis Moncorgé

You may also like