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Amsterdam – L’immortel Jacques Brel

par Thomas Campbell
Amsterdam - theatre musical - TNM 2019

Amsterdam est la sensation estivale du TNM. Après avoir sillonné le Québec avec une quarantaine de dates, le théâtre musical débarque enfin à Montréal. Plus qu’un hommage chantant à Jacques Brel, c’est une célébration de ce monument de la chanson française. Onze comédiens s’approprient son répertoire pour plonger dans son univers poétique.

Chaque chanson raconte ainsi une histoire dans laquelle le spectateur peut se reconnaître. Que cela soit la désillusion amoureuse (Mathilde est revenue/Jef), l’expression des sentiments (Quand on a que l’amour) ou leur usure (La chanson des vieux amants), ces mots ne nous sont pas étrangers. Bien au contraire, ils touchent notre corde sensible. On redécouvre le génie créatif de l’auteur/compositeur/interprète dans des tableaux musicaux inventifs.

Sur scène, une bande de jeunes travaille à la cartonnerie Vanneste & Brel. Ils aspirent tous à un meilleur avenir que celui d’encadrer les clichés de leurs riches clients. Jacques parvient à s’évader de sa réalité en gribouillant dans un carnet. Ses mots illuminent un quotidien jugé trop morne. Il prépare même un spectacle dans lequel ses amis tiennent tous un rôle. L’arrivée d’un imprésario pourrait enfin être leur chance de sortir de leur misère.  

Amsterdam revisite les chansons de Brel dans un surprenant spectacle. Dès le numéro d’ouverture, on se laisse transporter dans le célèbre port où « Y a des marins qui chantent, les rêves qui les hantent ». Mélissa Cardona puise dans les souvenirs de l’artiste pour tisser une étonnante biographie fictive. Sa mise en scène est un heureux mélange où la comédie côtoie le drame social et le vaudeville. Si Les Bourgeois et Au suivant nous font sourire; La Quête et Le plat pays ont une portée plus émotive. Redonner vie à ces succès est un beau défi que la distribution relève avec brio.

Amsterdam - theatre musical - TNM 2019
© André Chevrier

Amsterdam, la force du nombre

Les onze comédiens/chanteurs dansent, font des pitreries et jouent la comédie durant près de deux heures. Figure de proue du spectacle, Jean-François Pronovost est exalté dans son rôle de Brel. Il garde l’énergie contagieuse de son personnage de Passe-Montagne, notamment dans son interprétation a cappella de La valse à mille temps. Véritable feu follet, il traverse la salle devant un public médusé de le voir sautiller en tous sens.

Le succès du spectacle repose essentiellement dans la chimie de la distribution où chacun brille à sa façon. On se doit d’ailleurs de saluer leur prestation. Du côté des filles, Véronique Savoie (Madeleine) est pétillante; Élodie Bégin (Clara) une amoureuse passionnée; Sarah Leblanc-Gosselin (Fanette) une commis espiègle, Eloisa Cervantes (Frida) une sulfureuse prostituée, Albane Sophia Chateau (Marieke) une dure au cœur tendre, et Annie Kim Thériault (Mathilde) une charmante opportuniste.

Quant aux garçons, Martin Lebrun (Pierre/Casanova) est un apprenti séducteur maladroit; et Mathieu Richard (Jef) un bouleversant écorché vif. Sans oublier le couple de bourgeois sur le déclin : Jean-François Blanchard (Romain Mitchell) en imprésario dandy et Eve Gadouas en actrice mondaine.

La force d’Amsterdam réside dans l’union du théâtre et de la musique dans ce qu’elle a de meilleur. Tout s’accorde et s’enchaîne à la perfection, hormis quelques problèmes de sons. Mais derrière son apparente frivolité, le spectacle peint une jeunesse désargentée avide de reconnaissance. Il parvient même à aborder des sujets plus délicats comme l’alcoolisme et le suicide. Des éléments sociaux qui nous rappellent l’engagement de Brel.

Le TNM a assurément fait une belle prise avec Amsterdam qui remet à l’honneur une œuvre intemporelle. Et attendez d’être sortis de la salle. Vous fredonnerez ces refrains connus, preuve irréfutable que la magie opère encore !

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