Home Culture Bonne retraite, Jocelyne – Lavage de linge sale en famille

Bonne retraite, Jocelyne – Lavage de linge sale en famille

par Meriem Benammour
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Pour le grand plaisir de tous, l’humour incisif de Fabien Cloutier est de retour dans sa nouvelle pièce Bonne retraite, Jocelyne. Le ton est donné avec le décor assez hétéroclite et kitsch, où se mêlent des bûches de bois et rond de feu d’un party de chalet à des palmiers du Sud. On le comprendra par la suite, mais les éléments de décors, bouteilles éparses et les crânes et ossements renvoient à des thèmes abordés tout au long de cette satire sociale.

Jocelyne réunit sa famille pour leur annoncer sa retraite. Cette annonce est censée se faire dans la joie, même si elle est le fruit d’une prise de conscience sur l’imminence de la mort. Malheureusement, la soirée et l’annonce tournent mal et font rejaillir les rivalités familiales, les jalousies matérialistes, l’individualisme à son état pur et les confidences accusatrices.

Portrait de société au vitriol

Bonne retraite, Jocelyne dénonce une société superficielle et égoïste, où le jugement est facile et méchant, les raccourcis intellectuels permettent de se rehausser et de se plaindre. Cette société est la nôtre et elle n’est pas belle à entendre. Le tour de force de Fabien Cloutier est d’aborder des thèmes propices au débat comme la maladie mentale, l’adoption, la grossesse, l’argent et les inégalités sociales avec légèreté, mais intelligence.

Après sa dernière pièce, Pour réussir un poulet, où l’ironie et le second degré exagérés rendaient confus le propos de l’auteur, on apprécie l’humour direct et les répliques franches de Bonne retraite, Jocelyne. Le message passe efficacement sans ambiguïté tout en divertissant le spectateur.

Bonne retraite Jocelyne - Mazrou

L’enfer n’est pas que l’autre

On réalise assez vite que les personnages dans Bonne retraite, Joceylne ne sont pas si caricaturaux qu’on veut bien le laisser croire. D’ailleurs, le jeu des acteurs est très fluide et chacun incarne parfaitement son personnage vicié de sorte que la référence à une voisine, une collègue de travail ou un monocle est inévitable. On y retrouve la marque de Fabien Cloutier qui sait s’entourer d’acteurs qui rendent ses personnages plus grands que nature et ont le don de nous rentrer dedans. Ainsi, on soulignera la justesse des prestations de Brigitte Poupart (Brigitte) et Sophie Dion (Jeanne) dans les rôles respectifs de la sœur odieuse et la belle-sœur un peu nunuche de Jocelyne.

On ne sort jamais indifférent d’un spectacle de Fabien Cloutier. Certains diront qu’on rit pour ne pas pleurer d’affliction. Bonne retraite, Jocelyne reste une pièce amusante, qui plaira à un large public et qui pourrait, espérons-le, réveiller les esprits.

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