Home Culture Candide ou l’optimisme – un appel à la lucidité

Candide ou l’optimisme – un appel à la lucidité

par Thomas Campbell
Candide - TNM 2018

Candide ou l’optimisme amorce la nouvelle saison du TNM par un conte philosophique. C’est l’occasion d’y retrouver Voltaire dont l’esprit éclaire encore notre époque. Trois siècles ont beau nous séparer des Lumières, le message, lui, reste intemporel. Et si son œuvre est d’une troublante modernité, on ne sait s’il faut s’en réjouir ou s’en inquiéter.

Voltaire fustige la religion, la guerre ou la censure pour lutter contre l’obscurantisme. Des sujets, qui, malheureusement, demeurent des enjeux de société. Car à l’ère du terrorisme et des fake news, Candide est en phase avec l’actualité. Ce n’est donc pas un hasard de le voir sur les planches du TNM.

Pierre-Yves Lemieux a  conservé la quintessence du roman sans toutefois en transposer l’intégralité. Son adaptation reprend en cela le procédé de la mise en abyme où deux histoires sont imbriquées. Ici, on suit simultanément les parcours de Voltaire et de Candide. À l’image de l’éblouissant Edmond, on pénètre ainsi dans les coulisses de l’œuvre.

Candide - TNM 2018

© Yves Renaud

Candide, un parcours initiatique

Sur scène, on entre dans l’intimité du philosophe. En exil dans son château de Ferney, il entreprend le récit d’un jeune ingénu, chassé de chez lui et confronté à une succession d’épreuves. Voltaire choisit de s’entourer d’un cercle restreint pour répéter son texte et tester ses idées. Cette joyeuse bande participe à la création de Candide avec humour et enthousiasme.

C’est à Emmanuel Schwartz qu’incombe la lourde tâche d’incarner Voltaire. Mais après avoir campé Tartuffe et Lucky, dans ce même théâtre, le comédien confirme son statut de caméléon. Son jeu restitue bien le bouillonnement du philosophe, épris de libertés. Son exaltation frise parfois le cabotinage, seulement Schwartz en impose toujours autant. C’est une valeur sûre du théâtre québécois.

À ses côtés, Benoît Drouin-Germain est un attachant Candide, et Valérie Blais, une pétillante Madame Denis. Quant à Patrice Coquereau, il est méconnaissable en Pangloss avec ses cheveux longs.

Place à la fantaisie

La mise en scène est accès sur une dynamique de groupe. Chacun tient bien sa place et apporte sa contribution au processus créatif. On assiste alors aux tâtonnements de Voltaire qui cherche le bon ton à son Candide. Cela donne parfois lieu à des scènes loufoques qui prêtent à rire. La pièce manie en permanence l’autodérision et l’ironie tout en conservant son mordant.

Le décor, lui, se veut assez minimaliste avec un immense lustre en cristal et quelques accessoires. Le spectateur doit donc faire un effort d’imagination pour se représenter le cadre de l’action. Cela ne sera pas au goût de tous, même si les effets visuels et les jeux de lumière sont heureusement là pour compenser ce vide.

Après 1h45 de spectacle, on garde en tête le fameux credo : « il faut cultiver notre jardin ». Ce cheminement personnel qui vise à façonner son bonheur au quotidien, malgré les aléas de la vie et les soubresauts du monde. C’est une vision plus réaliste qu’optimiste, car il nous revient de rester vigilants face au cynisme ambiant et lucide sur les dérives de notre temps. 

Candide - TNM 2018Candide ou l’optimisme
Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 6 octobre 2018
Texte de Pierre Yves Lemieux d’après de roman de Voltaire
Mise en scène : Alice Ronfard
Avec Valérie Blais, Patrice Coquereau, Larissa Corriveau, Benoît Drouin-Germain et Emmanuel Schwartz

You may also like