Home Culture Consentement – Faire basculer le décor

Consentement – Faire basculer le décor

par Marie-Andree Arsenault
Consentement - Ducepppe

Un an après le mouvement #metoo, Duceppe présente Consentement, un coup de poing au visage comme on en reçoit rarement. Cette pièce de Nina Raine s’impose comme un incontournable de la saison théâtrale. Mieux encore, elle propose une distribution avisée qui porte le propos jusqu’à en faire le dilemme moral du public. Et si mal juger quelqu’un devenait criminel?

À l’abri des hommes et des choses

Dans un salon bien nanti, des avocats (Patrice Robitaille et David Savard) et leurs conjointes (Anne-Élisabeth Bossé et Véronique Côté) rient des causes qui se jouent en cour. Leurs sujets de prédilection : ces victimes de viol n’ayant aucune chance devant la logique indéniable sur laquelle repose la loi. De là leur intérêt à représenter les accusés. Mais tout va-t-il si bien dans leurs vies en apparence protégées des horreurs qu’ils défendent au quotidien? Le jour où une victime (Marie Bernier) s’invite au salon, le tribunal déchante. Entre viol et trahison, vengeance et pardon, la justice sera-t-elle encore possible?

 Consentement - Mazrou

Se taire encore

Consentement se démarque avant tout par le caractère décapant de son texte. La traduction mordante de Fanny Britt y est pour quelque chose. À cela s’ajoutent des scènes aux contours acérés, lesquelles semblent soudées par leur forte dualité. Comment peut-on passer de cette lampe achetée sur Ebay à cette femme que l’on a violée sans laisser de preuves? Peut-on sortir indemne de la confrontation douloureuse opposant la victime (Marie Bernier) et l’avocat (David Savard) de son agresseur?

Pendant que l’on se questionne, impuissant, on réalise que l’on ne vaut pas mieux que les personnages. Ces êtres auxquels on refuse de s’identifier parce qu’ils demeurent tantôt insensibles tantôt impuissants devant la souffrance humaine. Et alors que, sur scène, les sièges du jury demeurent vides, on se tait nous aussi, étouffés par ce discours dénué de toute humanité.

La logique des uns, l’hystérie des autres

C’est dans des dualités connues que nous replonge Consentement. Entre l’hystérie des femmes et la logique des hommes, aucune position ne semble possible. Le constat est toujours aussi choquant. Et si l’empathie constituait cet entre-deux dont notre système corrompu a tant besoin?

La pièce offre des performances redoutables des comédiens. Ils nous entraînent dans des joutes à travers lesquelles ils s’entredéchirent non sans nous briser un peu. Cela dit, cette forme perverse de communication, aussi habile soit-elle, en vient à nous essouffler. On se demande d’ailleurs pourquoi la pièce ne se termine pas au moment où les personnages féminins font basculer le décor. Un formidable revers qui n’est pas sans rappeler la prise de parole des battantes qui ont insufflé fougue et courage au mouvement #metoo.

Avec une telle production, Duceppe impose de toute évidence sa nouvelle direction artistique, celle d’un théâtre actuel, engagé et engageant. Des performances auxquelles on ne se frotte pas sans risquer d’y laisser un peu de notre peau, un peu de notre âme. On y reviendra.

 

Consentement - MazrouConsentement
Au Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 2 février 2019
Texte : Nina Raine
Traduction : Fanny Britt
Mise en scène : Frédéric Blanchette
Avec : Anne-Élisabeth Bossé, Patrice Robitaille, Marie Bernier, Véronique Côté, David Savard, Mani Soleymanlou, Cynthia Wu-Maheux

You may also like