Home Culture Coriolan – Shakespeare et Lepage, un duo gagnant

Coriolan – Shakespeare et Lepage, un duo gagnant

par Thomas Campbell
Coriolan - TNM - Mazrou

Coriolan ouvre la saison hivernale du TNM avec une version 2.0 de ce classique shakespearien. La pièce avait sans doute besoin d’être dépoussiérée pour s’ancrer dans notre modernité. On s’éloigne ainsi des toges et autres cuirasses pour s’ouvrir à l’ère des médias sociaux et de l’information continue.

Robert Lepage était le mieux placé pour relever ce défi, lui qui avait déjà monté Coriolan à deux reprises. À l’image de 887, le metteur en scène se sert d’une ingénieuse machinerie comme support dramaturgique. Le décor bouge en cela en permanence et offre de sublimes tableaux imbriqués à la manière de poupées russes.

Ce choix artistique déconcertera probablement les puristes du genre qui s’attendaient à une représentation plus traditionnelle. Or, on l’oublie trop souvent, le théâtre est un espace de création, voire un laboratoire d’expérimentation. Lepage se réapproprie ainsi le texte en lui insufflant une touche technologique. On n’en attendait pas moins de cet artisan de l’image.

Sur scène, l’instabilité politique de Rome est un troublant écho à nos démocraties où souffle un mouvement de révolte. Dans ce contexte agité, les Volsques menacent d’envahir la Cité et Caius Marcius semble être le seul rempart pour leur résister. Mais le talent guerrier du général est mis à rude épreuve sur l’échiquier politique. Conquérant sur le champ de bataille, sa stratégie auprès de ses concitoyens tourne à la crise d’État.

Coriolan - TNM - Mazrou
© Yves Renaud

Une audacieuse production

Alexandre Goyette (Coriolan) incarne bien la rigueur militaire due à son rang. Avec son air ombrageux et sa voix de stentor, c’est un fauve indomptable tout en excès. Face à lui, Reda Guernik (Aufidius) est un farouche ennemi dont on ressent la rage intérieure.

Anne-Marie Cadieux (Volumnia) a le port de la noble patricienne, tour à tour femme-lionne et mère-louve. On aurait apprécié la voir sortir de sa zone de confort de ces précédents rôles au théâtre. Quant à Rémy Girard, il endosse à merveille le rôle de père spirituel. Ce quatuor est complété par une brochette de talentueux comédiens : Louise Bombardier, Jean-François Casabonne, Jean-Moïse Martin ou encore Philippe Thibault-Denis.

La relecture contemporaine de Coriolan est donc rafraîchissante à divers niveaux. Certes, elle s’affranchit de l’esthétisme élisabéthain, mais son message, lui, reste intemporel. La pièce aborde des thèmes qui résonnent dans notre actualité (corruption, instabilité sociale, lutte des classes, etc.).

Il y a d’ailleurs dans la mise en scène une approche très cinématographique. La séquence du banquet comme celle de la fuite en voiture en sont quelques exemples. Les effets visuels nous éblouissent et on se surprend à attendre le prochain changement de décor.

La nouvelle production de Coriolan en impose avec ses dix-huit comédiens et son dispositif scénique nécessitant treize techniciens en coulisses. On y va autant pour Shakespeare que pour voir le maître Lepage à l’œuvre. Et quand la technologie se met au service du théâtre, on ne peut que saluer la prouesse artistique. C’est là sa principale force et ce qui séduira le spectateur.

Coriolan est la nouvelle production de Robert Lepage au TNM

Coriolan
TNM jusqu’au 17 février 2019
Texte : William Shakespeare
Traduction et adaptation : Michel Garneau
Mise en scène : Robert Lepage
Distribution : Mikhaïl Ahooja, Ariane Bellavance Fafard,Jean François Blanchard, Louise Bombardier, Anne-Marie Cadieux,Jean François Casabonne, Lyndz Dantiste, Rémy Girard,Alexandre Goyette, Reda Guerinik, Tania Kontoyanni,Gabriel Lemire, Jean-Moïse Martin, Widemir Normil,Eliott Plamondon, Philippe Thibault-Denis, Jess Viens,Tatiana Zinga Botao.

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