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Électre – la fureur incarnée

par Thomas Campbell
Electre - Espace Go - Mazrou

Électre dynamite l’Espace Go dans une adaptation moderne de la célèbre tragédie grecque. La rencontre Denoncourt/Sophocle produit des étincelles qui surprendront, à coup sûr, le spectateur.

Dans une mise en scène minimaliste, nous voilà plongés dans une ville ravagée par la violence. Une cité bétonnée dont on ressent la décrépitude. On est loin des productions à grand déploiement auxquelles Serge Denoncourt nous avait habitués.

Dans cet espace aride, Électre se lamente jour et nuit. Aux portes du palais de Mycènes, la princesse exige réparation pour le meurtre de son père, sauvagement assassiné par sa mère et son amant. Son seul espoir réside dans le retour de son frère disparu, qui pourrait assouvir son vœu sanglant. Car au-delà de la loi du talion, elle réclame la justice pour ce crime impuni.

Ce drame antique met en lumière un personnage fort. Une fille/sœur qui ose faire entendre sa voix. Électre laisse ainsi éclater sa rage, sans pudeur, à la face du monde. Or, si la colère sied bien à l’homme, elle frise l’hystérie quand il s’agit d’une femme. C’est le message qui, à tort, est souvent véhiculé dans notre société.

Voilà pourquoi la pièce transcende les siècles. Électre est à l’image de toutes ces femmes qui, blessées ou humiliées, ont le courage de briser le silence. Dans le contexte actuel, on comprend donc mieux son actualité.

Electre - Espace Go - Mazrou

Électre, un électron libre

Magalie Lépine-Blondeau a la lourde tâche d’interpréter le rôle-titre. Un personnage réputé exigeant, car il demande du souffle et un dépassement de soi. C’est la seconde fois que la comédienne foule les planches de l’espace Go. Et autant vous prévenir, elle casse totalement son image de « beauté ».

Magalie Lépine-Blondeau est transfigurée dans son Électre voilée. Elle s’abandonne physiquement à sa fureur au point d’être méconnaissable. Sur scène, on l’entend gémir et vociférer dans des postures proches de l’animal. Son jeu est d’une rare intensité, ce qui souligne la richesse de son interprétation.

À ses côtés, Violette Chauveau (Clytemnestre) incarne avec brio la mère perfide sans scrupules, et Vincent Leclerc (Oreste) joue bien le frère vengeur. Quant au chœur, formé par la distribution, il renforce la tension dramatique d’une façon ingénieuse.

L’Électre de Serge Denoncourt est une braise sous la cendre. Une figure féminine radicale qui évolue dans une scénographie à saveur orientale. Sa mise en scène ne fera sans doute pas l’unanimité, seulement sa relecture a le mérite d’être non conformiste. C’est une expérience théâtrale qui nous sort de notre zone de confort et qui, à l’image de son héroïne, dérange et ne nous laisse pas indifférent.

Électre
Théâtre Espace Go jusqu’au 17 février
Texte : Sophocle
Texte français : Évelyne de la Chenelière
Mise en scène : Serge Denoncourt
Avec Alex Bisping, Violette Chauveau, Fayolle Jean Jr.Marie-Pier LabrecqueCaranne LaurentVincent Leclerc et Magalie Lépine-Blondeau

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