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Histoire populaire et sensationnelle – Boulevard d’expressions

par Marion Bacci
Histoire populaire et sensationnelle - banniere_Mazrou

Le théâtre Espace Libre rouvre ses portes avec un spectacle décapant : Histoire populaire et sensationnelle. Un texte satirique que la compagnie de Création dans la Chambre incarne avec frénésie.

Noir. Un sursaut. Un coup de marteau tonitruant dans le fond de la scène. Puis un autre, et un autre, élargissant un trou percé de lumière d’où surgit un homme. Le rythme de la pièce est lancé. Pendant un peu plus d’une heure, le spectacle nous propulse en fanfare dans l’intimité d’une famille québécoise divisée.

Un clash générationnel s’opère entre des parents baby-boomer felquiste et leur fils, Zandré, héritier d’une mentalité à laquelle il ne s’identifie pas. Persuadé de devoir son existence aux allocations familiales, ce dernier annonce son départ le jour de son anniversaire. Malgré son désir d’émancipation, Zandré est dépourvu face à sa liberté acquise. Il finit par rencontrer Rachel et perpétuera le schéma ménager dont l’objectif restreint est de se créer une descendance. Et d’avoir de l’argent. Pas de révolution donc. Pas de jouissance. Pas de libération.

Histoire populaire et sensationnelle - visuel_Mazrou

© Maxim Paré Fortin

Le texte de Gabriel Plante, récipiendaire du prix Gratien-Gélinas en 2016, devient sur scène une comédie burlesque frénétique. L’auteur et interprète orchestre une rencontre entre les espaces privés de notre vie émotionnelle et les enjeux politiques et existentialistes de la collectivité. Projetées dans un cadre agité et polymorphe, ces considérations sont secouées de toute part. Les assiettes volent, les insultes fusent, le sang dégouline sur les visages. Le spectacle est un feu dartifice visuel de seulement une heure. Et le temps passe vite !

Félix-Antoine Boutin met en scène le théâtre d’une identité québécoise démantelée, à la fois essoufflée et vindicative. Les répliques sont drolatiques et la complicité des comédiens évidente.

Les personnages de la pièce sont tous joués par des hommes blancs, choix cynique dénonçant les figures d’autorités de la société actuelle. Cette proposition ajoute une dimension comique aux différentes interprétations. La performance, le mot est juste, de Sébastien David en sœur siamoise exaltée est jubilatoire. Quant aux parents (Christian Bégin et Jacques LHeureux), ils sont tous aussi réjouissants que leurs jeunes semblables (Philippe Boutin et Gabriel Plante). L’écriture de cette fiction offre à chaque personnage un instant privilégié et l’équilibre des temps de parole permet une vraie fluidité du propos.

À partir des pratiques intimes d’une famille, une dramaturgie s’installe et, de la quotidienneté, naît un raisonnement créatif. Cette pièce nous confronte à lambivalence que le phénomène de la transmission culturelle et familiale suppose. Comment assumer l’archivage de l’histoire québécoise portée par les prédécesseurs tout en se créant de nouvelles valeurs propres ?

Histoire populaire et sensationnelle est la preuve que les sujets les plus sensibles peuvent être violentés et appropriés par l’art vivant. Une farce brillamment menée qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat !

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