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La convivialité – Désacraliser l’orthographe

par Marie-Pascale Danis
La Convivialité - Mazrou

La convivialité, c’est l’accessibilité d’un outil, la facilité avec laquelle on peut s’en servir. C’est aussi une pièce sur l’orthographe. Et sur la puissance que les francophones lui donnent, laissant par conséquent l’outil dépasser l’artisan.

Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, auteurs et interprètes de La Convivialité, sont tous deux professeurs de français. Ils peuvent par conséquent constater au quotidien la grande difficulté qu’éprouve une bonne partie des francophones à respecter les innombrables règles du code orthographique. La Convivialité résulte donc du besoin de ses auteurs de déclencher des discussions sur les problèmes posés par l’orthographe moderne.

L’histoire de l’orthographe : un peu trop fantasmée ?

Pour ce faire, les interprètes de La Convivialité montrent habilement une panoplie d’exemples d’incohérences orthographiques. Notamment, celui de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir : pourquoi l’accorde-t-on quand il est placé après son complément d’objet direct, mais pas avant? Cette règle ne vient d’aucune noble descendance gréco-romaine, mais simplement des oublis des moines copistes du Moyen Âge.

La Convivialité critique ainsi la sacralisation de l’orthographe. En plus de reposer possiblement sur un fantasme, celle-ci rend en effet difficile même la plus petite réforme.

Un sympathique quiz a par ailleurs permis de constater, pendant la représentation, que les usagers de la langue française refusent souvent eux-mêmes les changements : de nouvelles graphies étaient proposées pour plusieurs mots. Chaque spectateur brandissait un carton vert pour accepter la proposition ou un rouge pour s’y opposer. Le vert n’était que très rarement majoritaire.

La Convivialité - Mazrou

Une pièce de théâtre sans acteurs

La Convivialité relève presque davantage de la conférence que du théâtre. Pas d’acteurs, pratiquement pas de décors, peu de dialogues. Mais une mise en scène (Dominique Bréda, Arnaud Pirault et Clément Thirion) à la fois sobre et dynamique. Et du rythme, de l’humour, un régisseur plein de surprises et un texte captivant.

L’humour sert ici à dédramatiser le propos. La langue étant un sujet sensible, voire intouchable, un débat sur son orthographe s’avère assurément risqué. La pièce se sert donc d’exemples cocasses, d’inventions de son régisseur et d’effets comiques dans le rythme pour susciter rires et réflexions chez son public. Et le résultat est saisissant!

Après à peine une heure de spectacle, la grande majorité de la salle choisit d’assister à la discussion suivant la représentation. À ce moment-là, le quatrième mur, presque inexistant dans ce non-théâtre, tombe complètement : le public échange librement avec Arnaud et Jérôme. Afin de revenir sur cette pièce délicieusement déstabilisante. Et surtout, de proposer des solutions pour une orthographe plus conviviale, qui serait au service des francophones. Et non pas l’inverse.

 

La Convivialité
À la salle Fred Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 10 novembre 2018
Texte et interprétation d’Arnaud Hoedt et de Jérôme Piron
Mise en scène : Dominique Bréda, Arnaud Pirault et Clément Thirion

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