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La face cachée de la lune – Alunissage réussie

par Thomas Campbell
La face cachée de la lune - Mazrou - Duceppe

La face cachée de la lune est sans doute l’une des pièces québécoises qui a voyagé le plus à travers le monde. Près de vingt ans après sa création, on la retrouve sur les planches du théâtre Duceppe pour amorcer le printemps. Dire que l’œuvre a traversé le temps sans prendre une ride serait mentir. Après tout, Robert Lepage a évolué dans la maîtrise de son art comme en témoignent 887 ou plus récemment Coriolan. Par contre, la pièce pique toujours autant la curiosité. L’occasion de la (re)voir est donc trop belle pour ne pas la saisir.

Sur scène, Philippe est un doctorant passionné par la conquête spatiale dont il a fait son sujet de thèse. Il cherche à prouver combien cette course folle a été motivée par une ambition égoïste, bien loin des considérations scientifiques. Sauf que personne ne s’intéresse à sa théorie. Tout l’oppose à André, son frère, présentateur météo vedette, qui a les deux pieds sur terre. Le décès de leur mère va pourtant les réunir et amorcer leur improbable réconciliation.  

Le spectacle est à l’image de Lepage, original et inventif. Il suppose d’être attentif à chaque détail, puisque rien n’est laissé au hasard. À commencer par un hublot, qui n’en est pas vraiment un, car il se transforme tour en tour en tambour de laveuse, en horloge ou encore en aquarium. Cet élément sert d’ailleurs de fil rouge entre les diverses séquences.

La pièce est à mi-chemin entre le récit personnel et le documentaire. D’un côté, on assiste en témoin privilégié au quotidien des personnages. De l’autre, on revit les étapes marquantes de la conquête spatiale avec des images d’archives.

Certains seront sans doute déstabilisés par cet apparent désordre où des marionnettes côtoient des planches à repasser. Mais comme dans 887, les récits s’entremêlent dans un subtil assemblage. C’est là que la magie de Lepage opère, puisque tout finit par se mettre en place grâce à son génie créatif.

La face cachée de la lune - Mazrou - Duceppe

L’imaginaire sans limites

La face cachée de la lune surprend par la prestation de son unique comédien. Durant plus de deux heures, Yves Jacques est seul sur scène et livre une solide performance. Il occupe l’espace sans jamais nous donner une impression de vide. Sa capacité à incarner différents rôles, dans des registres variés, prouve l’étendue de son talent. C’est cet aspect caméléon qui nous fascine tout au long du spectacle. Yves Jacques se meut avec aisance autant dans sa partition textuelle que dans son agilité physique. Tout repose sur ses épaules et il ne faillit à aucun moment.

La scénographie repose sur des effets technologiques qui font désormais la marque de Lepage. Un décor en mouvement qui nous transporte dans divers lieux, de l’intimité d’une chambre à une fusée, en passant par un cabinet médical. La dernière séquence se conclut en cela par une étonnante note poétique qui ravira le public.

Depuis 2000, la pièce exerce une irrésistible attraction. C’est un ovni en orbite dans le milieu théâtral. Son succès en a fait un véritable classique qui nous prouve qu’avec une bonne dose d’imagination, on peut décrocher la lune.

La face cachée de la lune
Théâtre Duceppe jusqu’au 11 mai
Texte et mise en scène Robert Lepage
Interprétation Yves Jacques
Conception Laurie Anderson, Peder Bjurman, Jacques Collin, Jean-Sébastien Côté, Sylvie Courbron, Véronique Couturier, Carl Fillion, Adam Nashman, Marie-Claude Pelletier, Pierre Robitaille, Marie Chantale Vaillancourt, Bernard White
Assistance mise en scène Pierre-Philippe Guay
Production EX MACHINA

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