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La maladie de la mort – Mourir éveillé

par Marie-Andree Arsenault
La maladie de la mort - Mazrou

Peut-on vivre sans aimer? Aimer sans mourir? La maladie de la mort questionne l’amour et le désir, mais surtout la nécessité d’aimer et de désirer pour vivre.

Au cœur de l’hiver, le Théâtre Prospero invite les amateurs de lettres à une fenêtre ouverte sur l’œuvre d’une auteure phare de la littérature. Le groupe de la veillée et le collectif d’artistes Les immortels présentent une adaptation théâtrale du roman de Marguerite Duras.

Mais quelle est donc cette maladie qui gagne peu à peu cet homme (Paul Savoie) demandant à une parfaite inconnue (Sylvie Drapeau) de dormir à ses côtés pour quelques nuits payées? C’est dans un décor sobre bercé par le son des vagues – si chères à Duras – que s’ouvre le huis clos dans lequel s’épousent difficilement deux corps.

La maladie de la mort - Mazrou

Songe ou réalité ?

Leur rencontre portée par une alternance entre le présent et le conditionnel a-t-elle vraiment lieu? Est-ce plutôt le fantasme de l’homme que dépeint cette écriture épurée et unique? Les deux personnages semblent sortis de leur matérialité par la narration évitant à tout prix la première personne. Leurs visages, leurs peaux et leurs corps sont dénués de toute humanité. Après tout, il n’y a peut-être qu’un seul corps dans La maladie de la mort et c’est le texte lui-même, qui, en mouvance, se refuse à tout jeu dont il ne choisirait pas les règles.

Il faut le dire, ce texte, déjà complexe à lui seul, constitue un défi de taille pour la scène. Ainsi, on peut se demander si une simple lecture n’aurait pas mieux assuré son rendu pour le public. Quoi qu’il en soit, certains aspects de la mise en scène attirent l’attention par leur esthétisme. Parmi ceux-ci, la gestuelle de Drapeau, laquelle flirte à quelques reprises avec la danse, est intéressante, bien qu’elle aurait gagné à être développée. Il en est de même de ce drap blanc – voile ou linceul ? – dont se pare Sylvie Drapeau pour mieux s’y étendre ou s’y enrouler.

Crime et consentement

Enfin, l’époque dans laquelle nous baignons nous oblige à questionner la portée d’un tel texte dans l’actualité. Quels échos trouvera cette femme endormie au corps-réceptacle consentant à être prise sans même ouvrir l’œil par cet homme selon les conditions de ce dernier? Entre désir et souffrance, cette œuvre fait assurément réfléchir à l’étrangeté de l’autre comme à celle de la solitude.

On aime que des maisons de théâtre comme le Prospero s’inscrivent de façon aussi unique dans le paysage culturel de Montréal. Grâce à leur petite taille, elles peuvent se permettre d’oser des productions plus nichées. Si ces dernières sont parfois plus arides – La maladie de la mort en fait partie –, elles n’en demeurent pas moins pertinentes.

La maladie de la mort - Mazrou La maladie de la mort
Théâtre Prospero jusqu’au 15 février
Texte : Marguerite Duras
Mise en scène : Martine Beaulne
Avec Sylvie Drapeau et Paul Savoie

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