Notice: Use of undefined constant REQUEST_URI - assumed 'REQUEST_URI' in /home/mazrou/public_html/wp-content/themes/soledad/functions.php on line 73
La Meute - Prédateurs virtuels - Mazrou | Lifestyle Blog
Home Culture La Meute – Prédateurs virtuels

La Meute – Prédateurs virtuels

par Isabelle Reid
La Meute - La licorne

La Meute, pièce acclamée par la critique à l’hiver 2018, revient sur les planches de La Licorne avec les trois comédiens originaux (Catherine-Anne Toupin, Guillaume Cyr et Lise Roy). C’est un retour attendu de ce texte percutant en lien avec l’actualité.        

Sur scène, une femme entre le regard fixe, lumière tamisée. Elle commence un discours décousu segmenté de phrases violentes contenant les mots «bitch», «chienne», «folle», «salope», «plotte», «tuer» ou encore «violer». C’est Sophie, interprétée par sa créatrice, l’excellente Catherine-Anne Toupin. La comédienne maîtrise parfaitement ce rôle de femme mystérieuse et tourmentée.

On comprend vite qu’elle vient pour la chambre à louer. C’est Martin Lizotte qui l’accueille, joué par Guillaume Cyr. Il incarne un homme timide, qui dit s’aimer comme il est, mais qu’on devine complexé à cause de son physique hors norme. Personne d’autre que lui n’aurait pu tenir ce rôle, à la hauteur de son talent. Pour compléter la distribution, Lise Roy (Louise) joue une tante aimante qui héberge son neveu sans emploi.

La Meute - La licorne
© Suzanne O’Neill

La Meute et nous

Mais qui sont Martin et Sophie ? Le public est amené à les découvrir tranquillement pendant 1h30 dans ce huis clos où le suspense monte de minute en minute. La musique composée par Alexander MacSween est un élément important de l’intrigue. Elle accompagne les différentes séquences, mais accentue surtout la tension narrative de ce thriller.

Nul besoin ici de mettre le paquet niveau décor et costumes; seuls quelques accessoires meublent la maison. La vingtaine de fils d’ampoules et de néons permettent aussi un surprenant jeu d’ombre et de lumière. C’est notamment le cas dans une scène de nudité d’une finesse incroyable. On y devine les courbes des corps, sans jamais voir de peau, les détails cachés par l’effet de contre-jour. Marc Beaupré signe donc une mise en scène sobre et efficace pour se concentrer sur l’essentiel : les paroles.

Des paroles qui s’inscrivent dans notre société où on peut étaler ses opinions et ses sentiments sur la place publique qu’est l’internet. Voilà où se situe La Meute. C’est un drame psychologique, reflet juste de la communauté virtuelle où la parole n’a plus de filtre.

La pièce pose un regard social déstabilisant sur les rapports aux autres et à la peur. Une étude citée par le personnage de Sophie le résume d’ailleurs assez bien: « Ce dont les femmes ont le plus peur c’est de se faire violer et de se faire tuer. Ce dont les hommes ont le plus peur, c’est de faire rire d’eux. »

La Meute dépeint ainsi les conversations de groupe à l’ère du numérique. Une époque où il devient possible de tout dire, derrière son écran. Un univers parallèle où l’appui de la communauté incite quelques individus à devenir plus cruels. Or, comme l’explique Catherine-Anne Toupin, la pièce nous fait « osciller constamment entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Des zones grises d’où personne ne sort indemne. » 

La Meute nous brasse avec un phénomène qui tend malheureusement à prendre de l’ampleur : la violence sur le Web. C’est un spectacle engagé qui ne nous laisse pas indifférents.

La Meute
Théâtre La Licorne jusqu’au 23 novembre 2019.
En supplémentaire du 15 au 22 octobre 2020, au Théâtre Duceppe à Montréal.
Texte : Catherine-Anne Toupin
Mise en scène : Marc Beaupré
Avec : Guillaume Cyr, Lise Roy et Catherine-Anne Toupin

You may also like