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La place rouge – S’étreindre à tâtons

par Marie-Andree Arsenault
Place Rouge - Mazrou

Le Théâtre Denise-Pelletier présente La place rouge à la salle Fred-Barry jusqu’au 27 octobre. Cette pièce éclatée des Productions Fil d’or dénonce l’incompréhension de l’Autre dont l’homme est trop souvent capable.

C’est en plein cœur d’une violente canicule qu’Elena revient chez sa sœur Sonia après une longue absence pour préparer un hommage à leur défunte mère. À l’abri des assauts du dehors, leur logis étouffant fera resurgir la guerre silencieuse qui les ronge depuis déjà trop longtemps.

Éclats de guerres

La place rouge met en scène des personnages brisés. D’un côté, les deux sœurs écorchées tentent de renaitre des cendres de leur mère. De l’autre, Hakim, le réfugié qu’accueille Sonia, essaie de garder la foi après les horreurs vécues dans son pays en guerre. C’est au plus profond de la noirceur que ces personnages se rejoindront dans leurs détresses respectives, mais pas pour longtemps. Comme quoi le refuge des uns est ironiquement le lieu de drames tout aussi grands pour les autres.

C’est donc entre amour et haine que l’on voit évoluer à tâtons les personnages de La place rouge. Si la mise en scène d’Isabelle Leblanc permet quelques moments de grâce, certaines longueurs se font sentir, notamment lors des performances musicales et des monologues en langues étrangères, ce qui est dommage.

Place Rouge - Mazrou

© Maxime Côté

Toucher dans la noirceur

Du début à la fin, la performance de Rebecca Vachon (Sonia) se démarque. Intense et vraie, elle trouble par le don de soi qui anime son personnage et par la détresse profonde qui la mènera à sa perte. À ses côtés, mentionnons la présence sur scène d’Abdelghafour Elaaziz (Hakim). Il interprète avec une touchante retenue le rôle du réfugié porteur de drames indicibles et émeut le public à plusieurs reprises. Enfin, il est impossible de taire le talent de la musicienne Lucie Dubé (la défunte mère) qui redonne vie au piano de la maison alors que ses filles s’entredéchirent.

On salue l’audace de Clara Prévost et de Rebecca Vachon qui portent à bout de bras cette œuvre singulière. Certes, ce premier texte de Clara Prévost décontenance par la mosaïque des thèmes abordés, mais le souffle en demeure prometteur. C’est avec curiosité que l’on suivra leurs prochaines avancées.

La place rouge
Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 27 octobre 2018
Texte de Clara Prévost
Mise en scène : Isabelle Leblanc
Avec Yann Aspirot, Jérémie Bouchard, Abdelghafour Elaaziz, Joanie Guérin, Clara Prévost, Rebecca Vachon et la musicienne Lucie Dubé

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