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La Queens’ – L’héritage de la discorde

par Nicholas Boyer
La Queens - Licorne_Mazrou

La Queens’ entame la saison hivernale du théâtre La Licorne avec une pièce de l’honorable écrivain franco-ontarien Jean Marc Dalpé.

Fernand Rainville, metteur en scène de l’excellent Tu te souviendras de moi, monte la scène comme une télévision avec le cadre de lumière supérieur en arrière-plan d’enseigne motel. C’est dans le restaurant-bar de ce dernier longeant la route 144, entre Timmins et Sudbury, que l’action principale du conflit familial se déroulera. La grand-mère familiale décédant lègue ce lieu d’hébergement à ses deux filles à parts égales. On se questionne, impuissant, à savoir quelle sœur est la plus logique concernant le futur du motel.

On aura droit à une course contre la montre de 48 heures afin de trancher entre vendre ou conserver le motel. Marcel, un homme d’affaires du coin très bien interprété par David Boutin, déposera une offre très généreuse. Sachant très bien les investissements miniers à venir, Marcel sera prêt à toutes les combines pour obtenir ce motel.

La Queens - Licorne - Mazrou
© Suzanne O’Neill

Deux sœurs vivant en parallèle…

Dominique Quesnel joue le rôle de Sophie, la gérante du motel La Queen’s. Elle a succédé à sa mère. La pièce commence en force avec une prestation karaoke disco de Sophie devant le public du motel. Elle est d’une franchise naturelle, maladroite et a un certain talent pour animer les soirées du motel. Évidemment, Sophie est très attachée au motel familial. Elle est la seule qui est ouverte aux problèmes de sa nièce. Cette dernière, avocate de Montréal, devra négocier entre sa tante et sa mère, absente depuis longtemps. Pourquoi l’auteur ne nous fait pas approfondir davantage cette nièce (Alice Pascual)? C’est un personnage trop mystérieux qui fait le pont entre les deux sœurs et qui aurait mérité plus d’importance.

Marie-Thérèse Fortin joue le rôle de Marie-Élizabeth, un personnage snob et froid, qui rejette tout du passé de milieu pauvre du nord de l’Ontario. Sa carrière internationale prime sur sa famille. Elle croit que sa sœur est jalouse. Malgré ses belles paroles, elle est rancunière envers son passé…besoin de se détacher… d’effacer le passé par le débarras du motel. Une belle métaphore de ce personnage est quand Marie-Élizabeth pendant sa tournée européenne interprètera le rôle de Icare sur la scène. C’est plutôt elle qui a toujours voulu fuir ce milieu de blessures du passé au milieu de nulle part.

La Queens’ est une pièce qui divise et confronte constamment deux pôles. Les deux lieux représentent bien les personnages principaux…la magnifique ville russe de St-Petersburg (la snob Marie-Élizabeth) et l’austère ville minière Timmins (la vulgaire Sophie). Le Nord rural et le Sud civilisé, l’anglophone et le francophone, l’homme blanc et la nation cri, l’importance de l’héritage de sa famille ou de sa fuite sont d’autres pôles en perpétuelle confrontation…

Tout au long de la pièce, les comédiens jouent avec justesse l’inconfort face à l’autre. Par contre, le scénario gagnerait à être davantage plus étoffé quant aux dialogues et aux monologues des conflits intérieurs et familiaux. Bref, c’est une production qui nous questionne quant à nos certitudes sociales et donne un petit clin d’œil à Rob Ford…

La Queens’
Mise en scène : Fernand Rainville
Texte : Jean Marc Dalpé
Grande salle du Théâtre La Licorne
Production :  La Manufacture
Distribution : David Boutin, Marie-Thérèse Fortin, Alice Pascual, Dominique Quesnel et Hamidou Savadogo

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