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La vie utile – Le sens de la création

par Thomas Campbell
La vie utile - Mazrou

La vie utile est l’ovni théâtral de cette saison à l’Espace Go. Une expérience métaphysique qui prend racine sur le vaste chantier calligraphié de la résidence d’Evelyne de la Chenelière. Un projet artistique au cours duquel l’auteure a patiemment construit une murale faite de mots, de formes et de symboles, durant trois saisons. Cet espace créatif a ainsi servi de matériau à cette pièce hybride psychédélique.

Sur scène, Jeanne tente de négocier un sursis avec la Mort. Elle se replonge dans ses souvenirs pour explorer les repères qui ont jalonné son existence. Sa conscience brouillée est un flot continu de valeurs familiales imprégnées par l’imagerie catholique et le rapport à la langue. Jeanne est en cela le produit d’une double influence. D’un côté, il y a sa mère castratrice, avide de savoir (Christine Beaulieu). De l’autre, un père concupiscent, inquiet pour le salut de son âme (Jules Roy Sicotte).

La vie utile - Mazrou

Création utile 

Dans La vie utile, tout s’enchevêtre. La pièce nous égare dans un foisonnement de mots et de projections visuelles dont on peine parfois à saisir le sens. On y parle pêle-mêle de la mémoire, de la création, de la foi, mais aussi du français et de son bon usage.

Dans notre obsession de tout décoder, on voudrait bien étiqueter cette pièce atypique. Associer les bons mots pour la catégoriser. Seulement le faut-il vraiment ? La metteure en scène Marie Brassard nous offre un élément de réponse : « Tout langage est enferré dans des automatismes que la poésie a pour première tâche de défaire. »

Nous devons donc accepter de sortir de notre zone de confort pour embrasser la dimension artistique de la pièce. La considérer comme une expérience théâtrale qui sort des sentiers battus. Et ce, même si La vie utile nous déstabilise. La pièce ne convient sans doute pas à tous les publics, mais sa force est d’ouvrir un espace de discussion. Chacun sera ensuite à même de forger ses propres repères à l’ombre de son parcours individuel.

À l’image de Robert Lepage, Evelyne de la Chenelière est un électron libre dans le paysage culturel québécois. Son œuvre engagée est teintée d’une profonde sensibilité sur la condition humaine (Bashir Lazhar, Les Lettres d’amour). La vie utile s’inscrit dans ce cheminement avec une réflexion sur la conscience et la finitude.

 

La vie utile - MazrouLa vie utile
Texte : Evelyne de la Chenelière
Mise en scène : Marie Brassard
Avec Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Louis Negin et Jules Roy Sicotte

 

 

 

 

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