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Le malade imaginaire – Une version moderne déjantée

par Thomas Campbell
Le malade imaginaire - Mazrou_Théâtre du Rideau Vert

Le malade imaginaire amorce en fanfare la reprise hivernale du Théâtre du Rideau Vert. Même après quatre siècles, la figure de l’hypocondriaque s’ancre dans l’actualité. Elle fait rire, mais aussi réfléchir sur la tendance à l’exagération de certains. Il suffira de voir combien l’apparition du coronavirus a vu éclore des anxieux de tous genres.

Le défi est de taille de revisiter la pièce du monstre sacré de la comédie française. Ce classique est ainsi remis au goût du jour dans une version haute en couleur.

L’histoire est bien connue de tous… Un homme souffre de tous les maux, sans en avoir aucun. Il projette de marier sa fille unique à un médecin afin de s’assurer qu’un spécialiste prendra soin de lui. En coulisses, tout le monde profite de son état, à commencer par sa femme, une arriviste prête à tout pour s’emparer de sa fortune.

Sur scène, l’appartement de ce faux malade est une véritable pharmacie ambulante avec ses étagères remplies de médicaments. Le grabataire semble cloué dans un fauteuil dont il se lève uniquement pour ses lavements et autres traitements. Mais au lieu de faire pitié, son pathétisme provoque les rires. Luc Guérin l’a bien saisi en jouant la carte du ridicule à tous les niveaux. Son Argan est grincheux, d’une hygiène douteuse avec un jugement défaillant. Rien ne nous le rend donc sympathique. C’est sans compter un comique de situation qui ajoute un grain de folie à l’ensemble.

Le malade imaginaire - Mazrou_Théâtre du Rideau Vert

© Jean-François Hamelin

Malade de rire

Le malade imaginaire s’articule autour d’une galerie de personnages plus exubérants les uns que les autres. Violette Chauveau (Toinette) est une servante extravagante dont on apprécie le mordant, malgré quelques débordements. Émilie Lajoie (Béline) est une flamboyante épouse perverse. Son fort accent québécois n’apporte pas grand-chose à son rôle, à moins que vénalité rime avec vulgarité, ce qui ne va pas de soi. Patrice Coquereau est un inquiétant médecin qui semble littéralement vampiriser ses patients. Mention spéciale à Frédérick Tremblay (Thomas Diafoirus) dont les tics nerveux et les bégaiements sont hilarants. Quant aux deux amants, Anne-Marie Binette et Maxime Mompérousse, ils sont touchants de maladresse.

L’aspect vaudevillesque de cette adaptation, avec les portes qui claquent et les comédiens qui s’égosillent, ne sera pas au goût de tous. Michel Monty a opté pour une mise en scène éclatée, pour ne pas dire déjantée. Il prend même quelques libertés avec le texte originel pour lui insuffler une dose de modernité. Si ce choix est discutable, il fonctionne bien, puisque les rires sont au rendez-vous. Ce malade imaginaire a de beaux atouts pour séduire un public friand de comédie légère.

Le malade imaginaire
Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 29 février
Texte : Molière
Mise en scène : Michel Monty
Avec : Anne-Marie Binette, Violette Chauveau, Patrice Coquereau, Luc Guérin, Émilie Lajoie, Didier Lucien, Benoit Mauffette, Maxime Mompérousse, Frédérick Tremblay

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