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Le Meilleur des mondes – Une vision de notre futur

par Thomas Campbell
Le Meilleur des mondes - banniere Mazrou

Le Meilleur des mondes plonge le Théâtre Denise Pelletier dans une ambiance futuriste qui n’est pas sans rappeler la série Black Mirror.

De la technologie à la surconsommation en passant par le conditionnement et le jeunisme, tout nous ramène à notre réalité. La frontière avec notre époque est assez mince, tant les similitudes sont troublantes. Guillaume Corbeil a fait en cela un remarquable travail d’adaptation du roman d’anticipation d’Aldous Huxley. Il a conservé l’essence du roman tout en lui insufflant sa créativité.

Sur scène, Bernard appartient aux Alphas, l’élite dominante, née pour diriger la société. Alors que tout semble lui réussir, il est frappé d’une étrange mélancolie qui le force à s’interroger sur sa place dans l’État mondial.

On suit le quotidien de cet homme pris en étau dans une existence formatée. La formule « métro, boulot, dodo » y est poussée à son paroxysme, puisque chaque individu accomplit des tâches précises. Les gens suivent aussi aveuglément les principes d’un gouvernement autocratique qui diffuse en boucle des slogans subliminaux pour les contrôler. « Choisir les sciences, c’est choisir l’avenir », « Je travaille fort et je réussis », « La discipline mène à la réussite », « Au travail, je donne mon 110% » en sont quelques exemples.

Le Meilleur des mondes - banniere Mazrou
© Gunther Gamper

Une transposition bien réelle

Le Meilleur des mondes s’apparente davantage à une satire sociale qu’à une simple dystopie. À commencer par ces assistants vocaux qui modifient notre interaction avec notre environnement. Il en est de même pour les fakenews qui parasitent de plus en plus notre accès à l’information. Et si dans la pièce, les personnages se font « posséder » par leurs partenaires, Tinder et ses dérivés ont redéfini notre rapport à la sexualité. C’est sans parler de notre addiction aux appareils intelligents ou autres objets connectés.

Le spectacle nous tend un miroir déformant de notre propre évolution. Certes, la littérature et la procréation naturelle n’ont pas (encore) disparu, mais pour le reste, les parallèles sont nombreux. On pense notamment aux castes de l’État mondial qui, sans l’aspect génétique, sont le reflet de nos classes sociales.

Guillaume Corbeil se sert ainsi de cette œuvre pour analyser les travers de notre société. Avec un texte percutant, les interprétations n’en sont plus que convaincantes. Simon Lacroix (Bernard) cherche à se reconnecter à ses émotions, même s’il craint le changement. À l’inverse, Ariane Castellanos (Lenina) est une jouisseuse invétérée, sans le moindre esprit critique.

Benoît Drouin-Germain (John) est un idéaliste, grand amateur de Shakespeare, d’une belle sensibilité. Il incarne la figure marginale du groupe, car avec ses beaux discours et son « nombril », il intrigue autant qu’il dérange. Quant à Kathleen Fortin (Linda), elle est bouleversante de vulnérabilité, à la différence de Macha Limonchik en glaciale administratrice.  

Au final, ce paradis artificiel soigne son apparence pour mieux castrer ses membres. Car sans les effets du soma, sorte de drogue euphorisante, la vision est tout autre. On découvre une société impitoyable ne tolérant aucun écart de conduite, comme dans le célèbre 1984.

Si Le Meilleur des mondes se vaut par son portrait mordant de notre époque, la pièce intéressera autant les adultes que les jeunes. La technologie étant devenue une partie intégrante de notre vie, chacun se sentira interpeller par ses propres dépendances. Un spectacle intelligent avec, en prime, une mise en scène inventive et moderne.    

Le Meilleur des mondes
Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 25 octobre
Adaptation d’un texte d’Aldous Huxley par Guillaume Corbeil
Mise en scène de Frédéric Blanchette
Avec Ariane Castellanos, Benoît Drouin-Germain, Mohsen El Gharbi, Kathleen Fortin, Simon Lacroix et Macha Limonchik.

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