Home Culture Le reste vous le connaissez par le cinéma – entre cris et revendications

Le reste vous le connaissez par le cinéma – entre cris et revendications

par Meriem Benammour
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C’est dans une classe d’école que commence Le reste vous le connaissez par le cinéma, pièce d’ouverture de la nouvelle saison de l’Espace Go mise en scène par Christian Lapointe. Six écolières hurlent une supposée fin des classes. Cette première scène annonce le rythme déjanté et le niveau de sonorité élevée d’une heure de conte bien particulière.

La pièce est une adaptation et une traduction québécoise de la pièce de Martin Crimp, elle-même relecture de Les Phéniciennes d’Euripide, basée sur le mythe d’Œdipe. Œdipe qui résout l’énigme du Sphinx tue son père pour épouser sa mère Jocaste avec qui il a quatre enfants : Antigone, Ismène, Polynice et Étéocle. Ces deux derniers en apprenant la relation incestueuse liant leurs parents, bannissent leur père et décident de se partager le trône de Thèbes. Avide de pouvoir, Étéocle, le temps venu, refuse de céder sa place à son frère, provoquant ainsi une guerre civile.

L’hypocrisie du changement

La présentation de Le reste vous le connaissez par le cinéma tombe à point, en ce moment de campagne électorale québécoise. Écrite, il y a des millénaires, Les Phéniciennes reste une œuvre furieusement actuelle et dénonce parfaitement les dérapages survenant à l’approche d’un changement de pouvoir. On retient de cette pièce la futilité avec laquelle est traitée la res politica et que finalement la politique prend souvent des allures de chicane de p’tits gars égocentriques.

Le reste vous le connaissez par le cinema_espace_go_

© Yanick MacDonald

La fureur des femmes

Le reste vous le connaissez par le cinéma donne une belle place aux femmes. Jocaste (Nathalie Mallette), meurtrie par son historique tragique, essaye en vain de raisonner et réconcilier ses fils. Antigone, habitée par la fougue de sa jeunesse, est aux prémices de sa rébellion. Les Filles, Les Phéniciennes, soufflent en chœur les répliques aux différents personnages et s’imposent en véritable maitre du destin.

Cependant, le spectateur se perd dans le tumulte ambiant et continu de la pièce. Il faut reconnaître que la créativité de Christian Lapointe dans la mise en scène incarne bien la folie propre à la course au pouvoir. Le rythme dynamique peut être épuisant par moment. Les intermèdes musicaux et les projections vidéos renforcent le côté vertigineux de la pièce. Les différents interludes des Filles, tout comme les costumes, sont assez loufoques et plairont aux amateurs d’humour décalé. Les personnages crient beaucoup. Leurs vociférations anéantissent
la portée de leurs répliques et incommodent le spectateur. Cela révèle néanmoins une belle endurance
des acteurs. Quant aux références à la culture pop québécoise, ils font sourire et allègent le coté pesant de la mythologie œdipienne.

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