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Le Terrier – Puiser la force dans la fragilité

par Aude Dupré
Le Terrier - Mazrou

Duceppe amorce sa saison hivernale 2019 avec une pièce riche en émotions : Le Terrier. Cette proposition est menée par une distribution habilement choisie dont la chimie est remarquable.

Retrouver l’équilibre

Voilà huit mois que Becca (Sandrine Bisson) et Louis (Frédéric Blanchette) ont dû affronter la mort accidentelle de leur fils Danny, alors âgé de quatre ans. Ils tentent de retrouver un sens à la vie qui se poursuit alors que l’inconcevable s’est produit. Si leur famille est brisée, leur couple, tout comme chacun d’eux, l’est aussi. Parviendront-ils à sortir de la douleur dans laquelle ils se terrent depuis ?

Ce texte du dramaturge américain David Lindsay-Abaire aborde la question du deuil tout en jouant savamment entre drame et humour. C’est d’ailleurs dans cet équilibre fragile que les personnages d’Isa (Rose-Anne Déry), la sœur de Becca, et de Nathalie (Pierrette Robitaille), leur mère, jouent un rôle fondamental.

Le Terrier creuse aussi le sujet en l’enracinant dans un quotidien qui pourrait être celui de chacun de nous. L’épicerie, la vente d’une maison ou les anniversaires peuvent-ils avoir encore un sens quand il n’y a pas de lumière au bout du tunnel ?

L’expérience du dépouillement

Cette production offre une mise en scène beaucoup plus dépouillée que ce à quoi nous ont habitués les nouveaux codirecteurs artistiques de Duceppe. Les comédiens évoluent sur une scène surélevée sans aucun décor, meuble ou accessoire mis à part une minuscule paire de chaussures.

Les seuls supports à l’imaginaire du spectateur – télévision, gâteau, jouets d’enfants – se trouvent sous la scène. C’est un quotidien vidé de toute trace de vie qui nous est présenté tant la souffrance est envahissante. La réflexion derrière ce choix du metteur en scène Jean-Simon Traversy est assurément pertinente, mais l’expérience du spectateur peut s’en voir perturbée.

Le Terrier - Mazrou

Un pari réussi

Dans le rôle de la mère et du père, Sandrine Bisson et Frédéric Blanchette offrent des performances bouleversantes. Alors que la femme tente par tous les moyens de se couper du passé, l’homme, lui, cherche désespérément à se réconcilier avec celui-ci. À leurs côtés, Pierrette Robitaille vole à plusieurs reprises la vedette tant son jeu est franc.

Il importe enfin de souligner la qualité du personnage de Jason, joué par André-Luc Tessier. Cet adolescent responsable de la mort du petit Danny se trouve nécessairement en terrain miné dès qu’il entre en contact avec la famille de l’enfant. Le défi est grand, tout comme celui de jouer un adolescent d’ailleurs.

Or, c’est avec subtilité que le comédien réussit son pari. Cela laisse place à des scènes très touchantes et humaines, notamment entre Becca et lui. Doit-on nécessairement donner un sens à un drame pour trouver du réconfort ? C’est la question que pose Le Terrier tout en proposant une belle ouverture quant au pouvoir de la littérature.

Le Terrier
Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 23 mars 2019
Texte : David Lindsay-Abaire
Traduction : Yves Morin
Mise en scène : Jean-Simon Traversy
En collaboration avec : Tableau noir
Avec Sandrine Bisson, Frédéric Blanchette, Rose-Anne Déry, Pierrette Robitaille, André-Luc Tessier

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