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Le top 3 du FNC 2018 de William

par William Babin

Le FNC est parti, je suis un peu triste mais je me remet tranquillement de cette rupture temporaire. Avoir la chance de visionner plusieurs films par jours c’est merveilleux, encore plus quand ces films sont variés, étonnants et d’un peu partout dans le monde. J’aurai vu un peu plus d’une dizaine de films, et voici sans plus attendre mon top trois suivit de quelques petits plus.

Shoplifters
De Hirokazu Kore-eda

Un film d’une douceur parfaite qui finit tout de même par nous faire remettre en question nos conceptions face à la structure familiale. Qu’est-ce qu’une famille ? Est-ce bien de voler dans certains cas ? Plein de questions se sont bousculées dans ma tête durant le visionnement du dernier film de Hirokazu Kore-eda. Une famille survit tant bien que mal en volant dans des commerces de quoi subsister. En revenant chez eux, ils tombent sur une petite fille seule sur un balcon. Il fait froid, la jeune fille semble abandonnée.  Rentrant chez eu avec la nouvelle addition à cette famille nucléaire, c’est le temps de souper. Puis, après quelques remises en questions, le patriarche décide d’aller reconduire la petite fille chez elle, puisqu’après tout, ce pourrait être vu comme un kidnapping ( non, on ne demande pas de rançon, de répondre la mère dans une logique implacable.). Arrivés devant l’appartement de la petite fille; cris et vacarme, on entend la mère de la petite fille crier à un homme: Je ne l’ai jamais voulu cette enfant, elle me pourrit la vie. Regards complices entre les deux parents de fortunes, puis c’est partie, et hop un nouveau membre à cette famille pas comme les autres !  Si les parents de cette famille volent pour survivre, ils sont autrement attachants, attentionnés, une vraie famille. Pourtant selon certains c’est gens ne sont peut-être pas de bons parents, ou même de bonnes personnes. Un film touchant, nous présentant une famille différente où l’entraide et la complicité sont chose fréquente. Tourné de manière intimiste, le récit avance à une bonne cadence, avec des moments parfois drôles et parfois émouvants qui frôlent le voyeurisme. Des scènes contemplatives lors d’une sortie à la plage, ou une scène durant la saison des pluies où le repas de nouilles froides fera place à un rapprochement charnel entre deux protagonistes. Les acteurs étaient tous très bons, la relation qui se dévoile devant nous entre le «père» et la «mère» est réaliste et fait sourire.
8.5/10

Ultra Pulpe
De Bertrand Mandico

Ce film de Bertrand Mandico était une claque saveur gomme balloune. Les couleurs néon, les décors extra-terrestres et les personnes weird quel’criss étaient des ingrédients merveilleux pour un film savoureux. Il y a dans ce film, un babouin géant qui a des yeux fluorescents, et dans son ventre, se cache un téléphone permettant de communiquer avec des gens du passé. Si cette notion ne vous donne pas envie de visionner le film, je ne comprends pas ce qui ne tourne pas rond avec vous.  Les dialogues sont absurdes, mais s’assument. L’atmosphère du film est aux plaisirs polissons, on rigole, on ne comprend pas tout, mais c’est bien correct comme ça !  Une réalisatrice nommée Joy D’amato ( petit coquin, si tu reconnais là un hommage au magique Joe D’amato je crois qu’on s’entendrait bien.) , tourne un film post-apocalyptérotico-post-moderniste avec ses actrices. L’intra et l’extra diégétique se mélangent pour nous faire perdre nos repères, est-ce le film dans le film, ou le film ? Ou peut-être que c’est le film dans le film qui est lui-même dans le film ? Après les garçons sauvages, ce moyen métrage nous en met encore plein la gueule.

8/10 pour le plaisirs incroyable que le film procure.

Holiday

De Isabella Eklöf

Un film coup-de-poing qui, malgré des moments d’un malaise encore inégalés, m’a profondément marqué et ce positivement.  Ce film danois est d’une actualité incroyable, en plein dans la période #metoo et ou le consentement fait parler, le film tel une version malsaine du thé du consentement nous balance une situation grinçante qui fait réfléchir. Sascha, jeune blonde qui est la trophy wife d’un riche vendeur de drogue part avec ce dernier en vacances en Turquie.  Dès le début, le ton est donné, notre protagoniste reçoit de brutales claques au visage et subit une violence psychologique malsaine de la part d’homme. Puis, son sugar daddy agit de manière plutôt dégoûtante avec elle; la tripotant lorsqu’elle tombe K.O suite à une ingestion de drogues qu’il lui a proposées ou lors d’une scène de viol d’une brutalité explicite qui ferait passer celle d’Irréversible de Gaspard Noé pour une balade en forêt ( plusieurs personnes ont quitté la salle à différents moments durant le film et je comprends parfaitement pourquoi.). Je m’arrête un instant pour expliquer que ce n’est pas pour les raisons de violence graphique que j’ai aimé ce film, je n’ai retiré aucun plaisir lors des scènes de violence affligées à la belle Sascha ( même que je me suis un peu caché dans mon manteau.). Le personnage de Sascha ( joué par la merveilleuse Victoria Carmen Sonne) est attachant et crédible, et j’étais réellement investi dans son arc narratif. Oui elle est superficielle, oui elle est en relation avec un homme violent et dégoûtant pour avoir accès au luxe en dépit du traitement qu’elle reçoit. Mais elle est vraie et j’ai apprécié suivre ce personnage fascinant. La fin en surprendra plus d’un et pourrait même en choquer plusieurs, mais ce film est mon coup de coeur du FNC et j’ai bien hâte de voir ce que l’équipe nous prépare à l’avenir.

9/10

Mention d’honneur:

Fugue
de Agnieszka Smoczynska

Nouveau film de la réalisatrice du parfait The lure, Fugue nous présente une femme qui a perdu la mémoire et ne se souvient plus qui elle est. Finalement sa famille la retrouvera et elle reprendra son rôle matriarcal au sein de celle-ci. Mais le hic c’est qu’Alicja ne veut pas de ce rôle. Un enfant qu’elle ne reconnait pas, un mari qui ne l’attire pas, pourquoi devrait-elle obligatoirement reprendre ce rôle ? Un bon film qui parle d’identité féminine avec une teinte d’humour absurde. J’ai aimé The lure pour ses envolées lyriques et son visuel qui éclatait les rétines. J’ai trouvé ici que la réalisatrice était plus posée ( hormis une scène de danse absurde et parfaite.) et j’aurais apprécié retrouver la folie de son précédent long métrage. J’ai toutefois fortement apprécié le film.

7/10

Un couteau dans le coeur
de Yann Gonzalez

Sorte d’hommage flamboyant au giallo et à l’univers underground de la pornographie homosexuelle de Paris des années 80, Un couteau dans le coeur est un film bonbon. Parfois rigolo, vaporeux, absurde et même érotique, j’ai passé un sacré bon moment !  j’ai parfois eu de la difficulté avec le jeu de Vanessa Paradis qui ne sait pas toujours sur quel registre jouer, mais rien de trop déplaisant. Le film n’a pas reçu de bonnes critiques et je crois que l’aspect un peu niche de la chose a influencé négativement l’opinion sur le film. Il est intéressant de savoir que Yann Gonzalez a tourné les scènes de pornographie avec un réel souci d’authenticité ( tourné en 16mm, puis monté avec des tables de montage d’époque et gonflé en 35 mm. Aucune postproduction numérique.) Ce respect du savoir-faire lié à la pellicule m’a emballé. J’ai aussi adoré le personnage d’Archie joué par Nicolas Maury, toujours charmeur et d’une douceur parfaite.

7.5/10

Le mitigé

Climax
De Gaspar Noé

J’aime Gaspar Noé, vraiment je le défends souvent lors de discussions enflammées avec des amis cinéphiles. Tu sors d’un film de Gaspar et tu es vidé, gardant l’impression d’avoir reçu tout plein de coups de poing au ventre et tu redoutes avoir des saignements internes un peu partout. Jamais ses films ne laissent indemnes. Quand j’ai vu les critiques de Climax qui étaient pour la plupart excellentes, j’ai été surpris. Rares sont les films qui font l’unanimité. J’attendais donc ce nouveau film avec impatience. Puis, en voyant Climax je me suis dit, oui, mais… Une scène où tout est rouge ? Check. Des mouvements de caméra donnant la nausée ? Check. Un générique avec des polices tape-à-l’oeil et toutes différentes l’une que l’autre ? Check. Des phrases philosophiques et chocs coupant le film brutalement ? Check. On connaît la recette Gaspar Noé et on adhère ou pas. Et moi et bien j’adhérais, mais là je me dis, oui, mais encore ? Étonne-moi Gaspar ! Je suis peut-être un peu biaisé parce que j’aime Gaspar d’un amour pur et je suis peut-être un peu dur face à son dernier film. Climax apporte pourtant son lot d’éléments nouveaux et fichtrement réussis dans le cinéma de Gaspar. La scène de chorégraphie du début est tout simplement époustouflante ! Et pour une première fois selon moi, nous avons droit à un petit développement de personnage et même des dialogues efficaces et crédibles, et force est d’admettre que le tout fait du bien et est efficace.  Où j’ai un problème c’est avec le but du film. Je voulais subir une descente aux enfers, vivre un badtrip glauque et ben, c’était soft tout cela… Oui je suis sorti du cinéma avec un petit vide existentiel et un malaise et deux ou trois flashback d’acide, mais lorsque la caméra de Gaspar longeait un corridor, prête à nous surprendre avec une scène de violence morbide ben… il y allait soft.  Sofia Boutella transperce l’écran avec une énergie qui tue, et les autres membres de la troupe de danse sont aussi excellents. La trame sonore du film en est une qui tournera en boucle dans mon humble demeure. Mais bon, si les acteurs, la musique et la photographie du film sont excellents, je ressens un fort déjà vu. S’il te plait Gaspar, pourquoi ressentais- tu le besoin de nous ressortir une scène comme dans Irréversible dans Le Rectum ? ( tsé là le dude qui se fait basher la face à coup extincteur, et la caméra qui virevolte dans tous les sens faque tu peux pas trop voir ce qui se passe, mais tu ressens la violence de la scène et le tout est baigné dans une lumière rouge poisseuse là.. tsé ?) Je crois qu’il y avait une orgie, plein de gens qui baisent, des gens en sang qui se lamentaient et encore quelques danseurs égarés dans une valse désinhibée. Je dis je crois parce que merde, on aurait dit que la scène était filmée par une petite personne sans jambes, atteint de tremblements incontrôlables, faque, j’ai pas vu grand-chose ! Mais bon, je le redis, je suis sévère avec Gaspar, parce que j’aime son cinéma et je veux le voir faire un film différent. Garde ta couleur Gaspar, ta volonté de choquer, d’étourdir. Garde ton visuel tellement merveilleux et étouffant. Mais je te le demande, surprends moi ! (je sais que je ne me prends pas pour n’importe qui avec cette demande, mais ce sera sur ma liste pour le père Noël cette année.)

7/10

 

 

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