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Les amoureux – Une adaptation au goût du jour

par Marie-Pascale Danis
Les Amoureux - TDP - Mazrou

Les amoureux tente encore aujourd’hui de répondre la question intemporelle : Qu’est-ce que l’amour? Avec une telle interrogation comme prémisse, on pourrait se demander par quels moyens cette comédie, présentée au Théâtre Denise-Pelletier, saura séduire sa clientèle presque majoritairement scolaire. Eh bien qu’à cela ne tienne : la metteure en scène Catherine Vidal n’y est pas allée de main morte pour faire ressortir l’actualité de ce texte.

La pièce parle évidemment d’amour. Eugenia (Catherine Chabot) est fiancée à Fulgenzio (Maxime Genois). Fougueux, impétueux et éperdument passionnés, ces deux jeunes gens vivent inévitablement les conséquences de leur caractère bouillant. Chaque jour que la vie leur amène devient prétexte à une nouvelle crise de colère. Et voilà que survient le mystérieux comte Roberto (Gabriel Lemire), séduisant, riche et fort charmeur. L’intérêt que Roberto porte à sa fiancée aura tôt fait d’enrager encore davantage l’incontrôlable Fulgenzio. D’autant que le naïf et dépensier Fabrizio (Éric Bernier), l’oncle d’Eugenia, n’aspire qu’à la marier à un prétendant de bonne famille prêt à accepter une modeste dot.

Les Amoureux - TDP - Mazrou

Les amoureux frivoles

Si la question des tenants et aboutissants de l’amour revêt un caractère universel et intemporel, elle n’est pas garantie de capter l’intérêt des jeunes. Or, c’est sans compter l’ingéniosité de la metteure en scène.

Le décor est d’abord loin du faste commun aux comédies italiennes. La scène est plutôt sobre : un immense cœur incliné perce le mur du fond. Un pouf, de la même forme, meuble le centre, accompagné par une grande statue greco-romaine, relevant presque de la parodie, avec ses lèvres rouge vif. Quelques chaises sont ajoutées et retirées au fil des scènes, mais c’est tout. Cette sobriété empêche toute distraction du texte et de l’action, en plus de permettre aux acteurs d’utiliser chacun des éléments du décor.

Ensuite, le texte et son interprétation. Les amoureux prend quelques libertés par rapport au texte de Goldoni, écrit en 1759. Comme le dit elle-même Catherine Vidal, le fait de partir du texte ne la force pas nécessairement à traduire scéniquement son discours tel quel. Ainsi, on coupe des scènes, on prête aux personnages une attitude plus désinvolte et lâche que ce à quoi l’on pourrait normalement s’attendre d’une comédie du 18e siècle et on utilise de la musique pour le moins… surprenante!

Mention très spéciale à Gabriel Lemire et Catherine Chabot pour leur étonnante performance de danse sur l’air du succès commercial reggaeton de l’été. Il va sans dire qu’on ne s’attend pas du tout à avoir envie de se lever de son siège pour danser avec les comédiens en se rendant au Théâtre Denise-Pelletier!

Quant à la distribution, elle est absolument charmante de jeunesse, de talent et de candeur. On ne peut que compatir avec le trouble des amoureux, rire du ridicule de Fabrizio et s’émouvoir de la complicité entre les serviteurs de tout ce beau monde, ainsi que celle entre Fulgenzio et son ami Ridolfo (Anglesh Major).

C’est là toute la force de ce regard actuel sur la pièce : sa fraîcheur et sa jeunesse feront en sorte de toucher tous les cœurs, de tous les âges.

Les amoureux
Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 4 décembre
Texte : Carlo Goldoni, traduit par Huguette Hatem
Mise en scène : Catherine Vidal
Distribution : Simon Beaulé-Bulman, Éric Bernier, Isabeau Blanche, Sofia Blondin, Catherine Chabot, Vincent Côté Maxime Genois, Gabriel Lemire, Anglesh Major, Olivia Palacci

 

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