Home Culture Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz – entre tragédie et burlesque

Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz – entre tragédie et burlesque

par Meriem Benammour
Les bâtisseurs d'Empire - Théâtre Denise Pelletier

C’est dans une atmosphère mi-angoissante mi-comique que nous plonge la pièce Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, œuvre typique du génie de Boris Vian.

Les circonstances de l’histoire demeurent floues : une famille fuit en pleine nuit un danger quelconque, montant d’un étage à un autre, d’appartement en appartement, dont la capacité d’occupation ne cesse de se restreindre. Tant le spectateur que les protagonistes se demanderont jusqu’à la fin si cette fuite est une ascension. Ces déménagements nocturnes se répètent inlassablement dès qu’un bruit, un vrombissement se fait entendre. Ce bruit peut être le retentissement d’une bombe, les échos d’une catastrophe naturelle ou la clameur d’un mouvement populaire. Personne ne sait vraiment, mais tout le monde en a peur… sauf Zénobie, la fille du couple, brillamment jouée par Marie-Pier Labrecque, qui cherche à savoir, à comprendre et surtout n’oublie pas.

Les Bâtisseurs d'empire - Théâtre Denise Pelletier

© Gunther Gamper

« C’est les jeunes qui se souviennent. Les vieux, ils oublient tout »

Parmi la multitude de thèmes abordés dans cette pièce, la mémoire, sa sélectivité et sa perte demeurent les plus importants. On trouvera également la fuite du temps, l’absurdité du sens de la vie, le choc entre les générations, l’individualisme et la lâcheté.

Dans Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, la mise en scène de Michel-Maxime Legault est sombre, mais efficace. Ainsi, l’attention est centrée sur le jeu impeccable des acteurs. Josée Deschênes, Gabriel Sabourin et Olivier Aubin révèlent savamment la complexité de l’histoire et ses nuances, permettant au spectateur de passer du rire au drame . Marie-Ève Trudel interprète remarquablement la servante, Cruche, qui n’en a que le nom. Le Schmürz (Sasha Samar) tant à lui, incarnation torturée de la bassesse humaine, est malaisant à souhait, et ceci, sans prononcer une seule syllabe.

« Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?»

Le spectateur se délectera de la rhétorique de Boris Vian et de son humour caustique dans Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz. Le rythme soutenu des répliques entre les personnages est marqué tantôt par des successions vertigineuses de synonymes tantôt par des déclamations de syllogismes tantôt par des extraits judicieux de la Java des bombes atomiques.

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