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Les enfants – Retenir la vague

par Marie-Andree Arsenault
Les enfants - critique Mazrou

Sur les planches de Duceppe, le mois de mars se vivra sous le thème de la conscientisation et de l’engagement avec Les enfants. Entre enjeux environnementaux et legs des générations, cette pièce intimiste bouscule l’essence même de notre passage sur terre : notre définition du bonheur.

Sur scène, Adèle (Danielle Proulx) et Robin (Germain Houde) vivent leur retraite dans une habitation minimaliste au creux des bois. Ils s’y terrent depuis qu’une vague gigantesque a détruit les berges de leur région et endommagé la centrale nucléaire à laquelle ils ont consacré leur carrière d’ingénieurs. Minés par la peur constante de voir leur santé anéantie par la catastrophe en cours, ils tentent de limiter les dégâts à l’intérieur des limites de leur nid. Yoga, culture bio, restrictions alimentaires, rien n’est laissé au hasard par Adèle pour redonner du sens à leur quotidien. Mais le retour inattendu de Rose (Chantal Baril), ancienne collègue de la centrale qu’ils croyaient morte, bousculera leur fragile et illusoire équilibre.

Lucy Kirkwood est une dramaturge britannique reconnue pour le caractère percutant de ses textes. Bien qu’elle se soit inspirée de la catastrophe nucléaire de Fukushima pour écrire Les enfants, sa pièce embrasse une réalité beaucoup plus large. À l’instar de ses personnages qui devront assumer les gestes de leur génération pour tenter d’alléger le fardeau des futures, que sommes-nous prêts à sacrifier pour les enfants, les nôtres ou ceux des autres?

Les enfants - critique Mazrou

Bombe à retardement

La mise en scène imaginée par Marie-Hélène Gendreau pour ce dilemme universel se doit d’être saluée. Il importe tout d’abord de souligner l’esthétisme et l’efficacité du décor illustrant le bonheur contrôlé par Adèle, puis l’effondrement de son monde. Mention à l’équipe de Duceppe qui a collaboré avec l’organisme Écoscéno afin de réduire l’empreinte écologique liée à cette production. Au-delà de ce partenariat écoresponsable, les éclairages et effets de fumée créés contribuent largement à l’atmosphère post-apocalyptique de la pièce.

Du début à la fin, les coups de cœur scéniques sont multiples. De la corde à linge dans le vent à la chorégraphie rappelant leur jeunesse insouciante aux personnages, on réussit à créer des tableaux intimistes pour illustrer un combat dont l’urgence est universelle.

Les enfants aborde la fragilité de l’existence et des conditions de vie que nous croyons trop souvent acquises. À une époque où les catastrophes peuvent surgir toutes les heures, cette pièce invite à retrouver le sens et la beauté dans les petits et grands gestes. Ceux qui coûtent, peut-être, mais qui comptent assurément.

Mieux encore, ce texte de Kirkwood, auquel donnent habilement vie les comédiens, est un réel acte de résistance contre la bombe à retardement dont l’humain est responsable. Pour que le monde ne s’écroule pas complètement, il y a quantité de deuils et de sacrifices à faire. C’est peut-être le seul moyen de résister le plus longtemps possible – et non pas de survivre – au temps, à la douleur et au désastre. Si les générations précédentes ne l’ont pas fait pour les enfants que nous avons été, on le doit bien à ceux qui nous succéderont.

 

Les enfants - critique MazrouLes enfants
Théâtre Duceppe jusqu’au 28 mars 2020
Texte: Lucy Kirkwood
Mise en scène : Marie-Hélène Gendreau
Traduction : Maryse Warda
Avec : Chantal Baril, Germain Houde, Danielle Proulx

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