Home Culture Les filles et les garçons – L’histoire d’une vengeance meurtrière

Les filles et les garçons – L’histoire d’une vengeance meurtrière

par Meriem Benammour
Les filles et les garçons - Mazrou

Les filles et les garçons commence par une arrivée sur scène de la comédienne, Marilyn Castonguay, à la manière d’une célébrité acclamée sur le plateau d’une émission de variété. Le monologue commence telle une humoriste qui interagit avec son public, car elle fait des blagues avec lui, évinçant totalement le quatrième mur. Un début flamboyant à l’image de la jeunesse évoquée du personnage, une fille indépendante, colorée et impétueuse. Au début, le langage cru et vulgaire de la description de ses relations intimes rocambolesques déstabilise franchement le spectateur. Mais au fil de la pièce, le discours se châtie, se pose en accord avec l’évolution du personnage et sa maturité pour devenir une confession sur l’inimaginable.

Jusqu’à que la mort les sépare

Les filles et les garçons est l’histoire d’une femme qui raconte sa vie. Pendant une heure, elle passe en revue les épisodes marquants de sa relation amoureuse, de son ascension professionnelle et les scènes de tiraillement entre enfants que toute mère connaît par cœur.

À priori, rien qu’on n’aura déjà entendu ou vu. On se prend au jeu de voir une pièce divertissante pour finir tranquillement la semaine, à l’image d’un épisode réconfortant de Sex and the CityEst-ce que c‘est parce qu’on ne s’y attend pas que la suite nous jette à terre si brutalement ? Ou plutôt parce que l’histoire vire au cauchemar. Une tragédie qui, malheureusement, fait écho avec les récentes nouvelles du journal. Un double infanticide perpétré en réponse à un divorce. Une abomination de la nature humaine que rien ne peut expliquer ou excuser.Les filles et les garçons - Mazrou

L’auteur Dennis Kelly ne cherche pas à comprendre l’atrocité et n’exploite pas le sordide. Bien qu’il y ait des scènes insoutenables, la trame directrice est la complexité de la dimension de contrôle dans les rapports hommes/femmes. La pièce éveille les consciences sur la récurrence des infanticides commis en cas de séparation où personne n’est à l’abri de cette monstruosité.

Marylin Castonguay est tout simplement époustouflante. Pendant presque deux heures, elles se transforme sous nos yeux, de l’insouciante peu attachante à la survivante et résiliente qu’on prendrait dans nos bras. Elle transpire d’authenticité et c’est peut-être pour cela que ces pleurs et ceux des spectateurs semblaient former qu’un seul cri de lamentation. Les filles et les garçons est une pièce magistrale, mais surtout bouleversante, dont personne ne sort indemne.

Les filles et les garçons
Théâtre La licorne jusqu’au 22 février
Texte Dennis Kelly
Traduction Fanny Britt
Mise en scène Denis Bernard
Avec Marilyn Castonguay

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