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Les Hardings – Tragédie humaine

par Marie-Pascale Danis
Les Hardins - banniere Mazrou

Les Hardings, présentée au Théâtre Jean-Duceppe, revêt une puissance dramaturgique hors du commun. Pour s’attaquer à un sujet aussi délicat que celui de la plus grande tragédie humaine du Québec, il fallait avoir les reins solides et faire preuve d’une délicatesse hors pair.

Le décor de la pièce n’est pourtant pas des plus délicats, même s’il n’en demeure pas moins hautement efficace. L’immense structure métallique frappe tout de suite le regard. Elle évoque sans aucun doute un tunnel. Un tunnel de train? Un tunnel routier? Peu importe : chose certaine, le public s’y sent attiré, et il comprend qu’il y vivra une expérience théâtrale marquante.

Produite au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en 2018, Les Hardings met en relation trois hommes portant le même nom. D’abord, Thomas Harding, le cheminot québécois, conducteur du train ayant déraillé en plein centre-ville de Mégantic, le 6 juillet 2013. Ensuite, Thomas Harding, l’assureur américain travaillant entre autres pour de grandes compagnies pétrolières. Et finalement, Thomas Harding, le chercheur néo-zélandais victime d’un immense drame familial.

Dans le dialogue amorcé par ces trois hommes, ne partageant à priori que leur nom, on se demande ce qui a bien pu mener à cette tragédie qui a enlevé la vie à quarante-sept personnes. Et on s’interroge sur la responsabilité partagée d’un tel drame.

Sylvain Bélanger, directeur artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, vante la rigueur intellectuelle, l’honnêteté et l’humanité d’Alexia Bürger, l’auteure et metteure en scène de la pièce. Ces trois qualités se voient d’ailleurs habilement incarnées par chacun des personnages de la pièce. L’assureur, par sa rigidité et son souci du travail bien fait, représente la rigueur intellectuelle. Le cheminot fait preuve de la plus grande honnêteté dans son récit des événements. Le chercheur, par son humanité touchante face à une tragédie importante, permet aux spectateurs de discerner la responsabilité de la culpabilité.

Les Hardings - visuel critique Mazrou

© Caroline Laberge

Les Hardings, le poids de la responsabilité

Certaines longueurs donnent l’impression que Les Hardings dépasse légèrement l’heure et demie indiquée. La forme dramaturgique, axée sur le monologue, y est sans doute pour quelque chose. Mais surtout, l’histoire du chercheur néo-zélandais, bien qu’elle offre un touchant parallèle avec la situation du cheminot québécois, ajoute une couche dramatique à une pièce déjà très sombre. Même si le texte de Patrice Dubois est spectaculaire et qu’il l’interprète fort bien, on peut se demander si cette partie de la pièce aurait dû être allégée.

Heureusement, Martin Drainville, dans son personnage de l’assureur, change la donne. D’une profondeur magistrale, son personnage étonne en représentant presque, à lui seul, l’aspect comique de la pièce. Un vent de fraîcheur plus que bienvenu! Et l’acteur livre une prestation exemplaire hautement appréciable.

Bruno Marcil entre pour sa part dans la peau d’un cheminot accablé par le poids des victimes qu’il porte sur ses épaules. Son jeu, pourtant très juste, attire par conséquent moins l’attention : on s’attache à son personnage, mais il ne nous éblouit pas pour autant. On a surtout envie de l’accompagner dans cette épouvantable épreuve. Et de le remercier pour sa franchise quant à sa part de responsabilité dans la tragédie de Mégantic.

Les Hardings est donc une pièce énormément puissante et touchante. Elle nous interpelle, nous les citoyens, au sujet de notre propre responsabilité dans le déraillement de Mégantic. Elle nous fait réfléchir sur le laxisme de la compagnie ferroviaire, la MMA, et sur le rôle du gouvernement, qui a laissé ce laxisme se produire. On en vient à se demander si le temps n’est pas venu d’arrêter (ou du moins de questionner) le train de notre système économique, qui laisse de telles tragédies avoir lieu.

Les Hardings - vignette MazrouLes Hardings
Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 15 février
Texte et mise en scène : Alexia Bürger
Distribution : Patrice Dubois, Martin Drainville et Bruno Marcil

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