Home Culture L’image contre l’authenticité: Unité modèle

L’image contre l’authenticité: Unité modèle

par Amy Mailloux

Le Théâtre d’aujourd’hui présente Unité modèle, une pièce qui vient clore la trilogie Les colonies de l’image de Guillaume Corbeil. Portant sur l’image que l’on projette de soi, la pièce porte à réfléchir sur la conception de la vie parfaite.

Plongés dans l’image: spectateurs ou clients?

Dès l’entrée en salle, on est plongés dans un décor et une musique commerciale. Les acteurs nous accueillent en se présentant comme deux représentants d’une compagnie immobilière fictive. Pendant 1h15, nous vivons l’expérience de vente Diorama, en visitant une unité modèle. Sur scène, les personnages se déplacent pour nous présenter ce que pourrait être notre vie parfaite.

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(c) Théâtre d’aujourd’hui

Un portrait du XXe siècle? 

La visite d’un condo est un prétexte pour Corbeil pour parler d’un maux actuel.

Nous vivons dans un monde où nous côtoyons davantage des images que des êtres humains et c’est sur elles que nous calquons nos faits et gestes […] dans l’espoir d’en devenir une. [1]

Alors que le duo nous présente, au conditionnel, la vie qu’on pourrait avoir dans les condos de Diorama, la « vraie » vie de ces deux vendeurs revient à la surface et les rattrape, comme quoi une image reste « un fantasme de nous-mêmes auquel on a fini par croire. »

De la description des options disponibles à l’achat aux activités menées dans le condo, tout est un stéréotype, un lieu commun: en 2016, tout le monde devrait vouloir des murs blanc et un ilôt de cuisine où préparer son osso bucco, non?

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Unité modèle

« On n’est pas du genre à entrer dans le moule »

Je parle bien d’un maux actuel, car bien qu’on rit durant toute la pièce, on rit plutôt jaune, confrontés au pittoresque extrême de ces stéréotypes et de notre quête du parfait. Qui peut dire sincèrement qu’il n’a jamais voulu une vie semblable à celle-là? Chaque jour, c’est une image de soi que l’on montre sur les réseaux sociaux, lorsqu’on rencontre des gens, lorsqu’on prépare notre chez-soi pour recevoir. Ici, c’est poussé à l’extrême. Dans les condos de Diorama, « avoir deviendrait être et être deviendrait avoir. »

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(c) Mathilde Corbeil, pour la revue 3900

Je souligne la justesse du jeu de Bossé et Robitaille, ainsi que la mise en scène de Bélanger. Sans forcer la note, on distingue bien la différence entre la réalité, mimée par les représentants, et l’histoire qu’ils racontent. Le texte de Corbeil le positionne encore une fois comme un auteur phare de notre génération.

Unité modèle, jusqu’au 7 mai au Théâtre d’aujourd’hui.

Texte: Guillaume Corbeil
Mise en scène: Sylvain Bélanger
Avec: Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille

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[1] Guillaume Corbeil, dans une entrevue accordée à Sylvain Bélanger, « 6 questions à Guillaume Corbeil », 3900, volume 8, janvier 2016.
[2] idem

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