Home Lifestyle #MoiAussi j’ai été victime d’intimidation!

#MoiAussi j’ai été victime d’intimidation!

par Vincent Mazrou

Aujourd’hui, je vous parle d’une expérience qui m’a profondément marqué lors de mon adolescence. C’est quand un ami à moi m’a informé du fait qu’il organisait une levée de fonds pour un organisme luttant contre l’exclusion que j’ai décidé de contribuer…contribuer à ma manière et de façon très personnelle. Voici donc une partie de mon histoire.


On a tous été jeunes, on a tous été cons. Certains l’ont été plus que d’autres. Dans mon cas, comme pour plusieurs d’entre nous, ça c’est passé au secondaire. Le secondaire, une période cruelle où l’on tente de tout faire pour faire partie de la gang et surtout ne pas sortir du lot…

Toute mon enfance et ce, jusqu’à mon arrivée au secondaire, je croyais que c’était normal d’être un homme qui aimait les hommes. Cependant, c’est en discutant avec mes amis garçons de secondaire 1, que je me suis rendu compte qu’ils étaient tous attirés par les filles.

C’est normal! Depuis aussi loin que l’Humain est capable de documenter son histoire, l’homosexualité a toujours fait partie des ses pratiques. Plus que normale, c’était valorisé chez les Grecs de l’Antiquité!

À ce moment-là, je ne parlais pas de ma différence, car je venais d’arriver au Québec et je voulais me faire des amis. Comme eux, je décorais mon agenda de belles chanteuses comme J.Lo découpées dans des magazines.

Ma première et ma deuxième année de secondaire se sont bien déroulées. Je n’ai pas trop eu de souci à me faire, car à 12 ans et 13 ans, on ne pense pas trop à ces choses-là. Bon, j’ai quand même joué à la bouteille et j’ai du embrasser ma « blonde » de l’époque. Je l’ai fait, mais du bout des lèvres, car je savais que je n’étais pas attiré par les femmes. C’est d’ailleurs la seule fois dans ma vie où je peux dire que j’ai eu une blonde…

Paulina & moi (une amie) – Collège Français 5e secondaire

Après 2 ans passés dans les Laurentides, nous avons déménagé sur la Rive-Sud de Montréal. Qui dit déménagement, dit changement d’école. Comme ma mère connaissait bien le Collège Français, c’est là que j’ai terminé le reste de mon secondaire soit la 3e, 4e et 5e année. Encore une fois, on tente de se faire des amis, d’être accepté et de faire partie de la gang sans trop faire de vague. Tâche pas mal plus difficile, car rendu en secondaire 3, les camarades de classe, eux, se connaissent depuis 2 ans déjà.

Dès mon arrivée, ça a été difficile. J’ai eu de la difficulté à m’intégrer. Certains commentaires à mon égard fusaient déjà. Lors de cette première année (3e secondaire), j’ai toujours cru que tout ça était lié au fait d’être le nouveau qui débarquait.

Les ennuies ont réellement commencé en secondaire 4 et 5. Après l’été, entre ma 3e et 4e année, j’étais de plus en plus moi-même. Étant totalement accepté à la maison, j’étais en train de devenir la personne que je suis maintenant. Au début, j’étais un peu maniéré et j’avais envie que tout le monde sache qui j’étais. Bref, les autres élèves voyaient bien que je n’agissais pas comme eux.

Été de mes 15 ans (entre le secondaire 4 et 5)

Dans les cours d’éducation physique, j’étais toujours choisi le dernier quand il fallait faire des activités en équipe. Je passais dans les corridors et je voyais que certains, en me regardant, passaient des commentaires sur moi. Vers la fin du secondaire 4, de plus en plus de rumeurs circulaient à l’effet que j’étais gay.

Bien que je n’avais rien dit officiellement à personne, c’était comme si les gens le savaient avant moi. Même si je dis que j’ai toujours su que j’aimais les hommes, dans ma tête, je me posais encore beaucoup de questions à ce moment-là. J’avais besoin d’expérimenter des choses afin de valider ou d’infirmer les 36 000 idées et pensées qui me trottaient dans la tête. L’été entre ma 4e et 5e année de secondaire a été révélateur! C’est là que j’ai su qui j’étais. C’est là que j’ai finalement trouvé des réponses à mes nombreuses questions.

5e secondaire – Collège Français

Étant hyper motivé, je suis arrivé confiant lors de la rentrée des classes. Je pense que cette confiance a dû tenir une semaine tout au plus. Étant moi même et ne voulant pas cacher la personne que j’étais,  j’ai tout de suite affiché mes couleurs. Là, pour les autres, il n’y avait plus de doute. J’étais bel et bien LE gay de l’école…le punching-ball de service. Avoir su que j’allais vivre l’année que j’ai vécu, je pense que je n’aurais rien dit, que je me serais caché et que j’aurais commencé à respirer une fois le secondaire terminé! C’es triste de penser comme ça, on ne devrait pas à avoir à penser comme ça, mais c’est ainsi que je me sentais à ce moment-là…

Tout mon secondaire 5, j’ai été ostracisé par la gang des cool; la gang des gars en sport-études.

L’élément culminant?! Une lettre de ma part, adressée à une amie dans l’autre classe, ramassée par la blonde du gars cool. Au lieu de la redonner à la personne à qui cette lettre s’adressait, elle l’a remise à son chum. Lui, il a décidé d’en faire des photocopies. Des photocopies qui ont fait le tour de l’école jusqu’aux élèves de secondaire 1 situés 3 étages plus bas.

Que contenait cette lettre? Un paquet de confidences sur ce que je ressentais, mes impressions sur la gang des cool qui me passait des commentaires depuis des mois, les derniers rêves que j’avais faits dans lequel un gars cute de leur gang se retrouvait…bref, en remettant cette lettre a tous, ils venaient de partager mes plus profonds secrets

Cette histoire est allée tellement loin que cela a même continué au métro Longueuil.

Le lendemain de la propagation de ma lettre, j’ai décidé d’embarquer dans le premier bus après l’école (ce que je n’avais pas osé faire la veille). Mauvaise idée. Ça a dégénéré… La personne assise derrière moi a craché sur mon manteau et une fois rendu au métro, j’ai été encerclé par cette fameuse gang de cool…les mots étaient tellement violents et il y avait tellement d’agressivité à ce moment-là que la police a dû intervenir pour disperser le groupe qui s’était formé autour de moi.

J’étais TELLEMENT en colère! Je me sentais tellement seul! Je me sentais tellement mal! C’est comme si une partie de moi ne valait rien et qu’elle se devait de disparaître. C’était tellement intense que j’avais peine à croire que cela venait de se passer. C’était tellement intense que je ne pensais même pas que quelqu’un pouvait être aussi méchant avec une autre personne. C’était tellement intense que la seule autre fois où je me suis senti pareil c’est lors d’une rupture à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

Le lendemain de cet incident, j’ai évacué tout mon venin sur la personne qui, la veille, me traitait comme un moins que rien. Il en a eu pour son rhume! Après avoir été la cible de commentaires homophobes durant plus de 8 mois, j’ai explosé. Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de faire, mais à ce moment-là, ça m’a fait un bien énorme et ça m’a surtout libéré d’un poids.

Après cette histoire, il restait encore quelques mois où d’autres incidents se sont produits. Dans le cadre d’un autre commentaire déplacé, ma meilleure amie (depuis cette époque) s’en est même prise physiquement à la personne qui me harcelait depuis le début de l’année. Malheureusement pour moi, ils ne m’ont pas lâché. Bien que ça se soit calmé après mon pétage de coche, ils ont continué.

Malgré tout, je suis allé à au bal des finissant même si je ne voulais pas y être!

Tout ça s’est passé il y a 15 ans. La société a évolué. Nous voyons de plus en plus de personnages gays dans les séries et les films, mais il reste encore du travail à faire. Bien qu’au Québec nous pouvons nous estimer heureux de vivre dans une société ouverte, le travail pour lutter contre l’homophobie demeure une nécessité. Des organismes comme ENSEMBLE pour le respect de la diversité oeuvrent à faire de notre société un monde plus ouvert.

D’ailleurs, si vous avez envie de faire un don, vous pouvez acheter des billets pour La Nuit du Jeune Montréal qui se tiendra le 11 mai prochain au Centre des Sciences. L’Association du Jeune Montréal, qui organise sa 3e soirée de financement, a levé plus de 200 000 $ en 2017. Les fonds amassés ont permis de faire un travail de sensibilisation auprès de plus de 340 000 jeunes dans le cadre de 1 500 ateliers avec près de 1 000 écoles visitées au Québec!

En terminant, voici les conseils que j’aimerais donner aux victimes d’intimidation et aux bourreaux:

  • Ne pas laisser passer les commentaires désobligeants. Aucun. Tout de suite riposter afin d’affirmer que cela n’a pas sa place
  • Si la situation s’envenime, il faut aller en parler aux personnes en autorité soit un professeur ou un surveillant dont l’élève est proche
  • Demander à la direction qu’elle fasse venir des intervenants comme ceux d’ENSEMBLE pour venir faire de la sensibilisation auprès des jeunes
  • Pour les bourreaux, tentez, juste un instant, de vous mettre dans la position de l’autre…ne serait-ce qu’une fraction de seconde!

Pour moi, la diversité est une force grâce à laquelle nous pouvons créer et avancer! Demeurons ouvert d’esprit et bâtissons ensemble une société ouverte et juste!

#Mazrou

 

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