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Pelléas et Mélisande : un amour mystique

par Thomas Campbell

Un royaume oublié, un chasseur égaré et une rencontre imprévue. Deux princes galants pour ravir le cœur d’une étrange jeune fille. Du mystère, de la jalousie et une terrible vengeance…

Lors d’une partie de chasse, le prince Golaud se perd en forêt. Attiré par des bruits de sanglots, il découvre Mélisande au bord d’un ruisseau. Attendri, le prince décide de la ramener au château et de l’épouser, car la jeune fille exerce sur lui une irrésistible attraction. À leur arrivée au palais, Pelléas tombe progressivement sous le charme de Mélisande. S’il n’ose pas la courtiser par respect pour son demi-frère Golaud, une vérité ne tarde pas à s’imposer : la princesse éprouve aussi des sentiments à son égard. Ce dilemme bouleverse alors le petit royaume d’Allemonde.

Pelléas et Mélisande

© Yves Renaud

Un cruel triangle amoureux

Dans Pelléas et Mélissande, les personnages sont tous liés par un même destin. Ils sont entraînés bien malgré eux dans un triangle amoureux qui les conduira à leur perte.

Au centre de cette spirale, Sophie Desmarais est une troublante Mélisande. Elle est indolente, voire placide, dans le rôle de cette créature tombée du ciel. Son rôle est assez nébuleux, car elle se montre détachée de tout et ne semble à l’aise en présence de personne. On pourrait presque la croire insensible tant le jeu de la comédienne est minimaliste. Sophie Desmarais rend néanmoins la candeur de Mélisande dans une interprétation imprégnée de mysticisme.

Éric Robidoux est un Pelléas dans la pure tradition galante. Aimable et courtois, il est partagé entre son devoir de frère et son obsédante passion. Il sait pertinemment que suivre le chemin de son cœur est une voie dangereuse, seulement la raison est moins forte que les sentiments. Éric Robidoux offre une prestation tout en nuances qui va crescendo jusqu’au sacrifice final.

Il s’oppose en cela au jeu plus sombre de Marc Béland. Son Golaud est taciturne, loin de l’image de l’amoureux transi. Son attachement pour sa femme tient d’ailleurs plus de la fascination que de l’affection. Marc Béland est un mari jaloux un peu apathique qui manque de fougue. La sobriété de son jeu aurait tendance à le cantonner à un seul registre.

Sur scène, cette impression est renforcée par le manque d’interaction des personnages. Ils se parlent par micro interposé et ne se regardent pas, comme s’ils ne partageaient pas le même espace. Ce choix scénique pourrait dérouter le public, habitué à une connexion plus directe.

©Yves Renaud

©Yves Renaud

Un festival d’effets visuels

Christian Lapointe propose une vision très épurée de Pelléas et Mélisande. Les costumes sont sombres et le décor dépouillé, dans la tradition symboliste de Maurice Maeterlinck.

Le metteur en scène donne une dimension surnaturelle à la pièce grâce à une série de procédés cinématographiques. Des écrans géants habillent notamment la scène où les personnages apparaissent en gros plan. Et une micro-caméra capte en direct des angles d’une grande maquette d’un château médiéval.

Ces ingénieuses trouvailles apportent une singularité à cette adaptation qui flirte avec le théâtre expérimental. Christian Lapointe fait ainsi preuve d’une grande liberté créatrice en osant le mélange des genres.

La pièce Pelléas et Mélisande peut déstabiliser par son aspect non conformiste. Certains la trouveront probablement hermétique et difficile d’accès. Elle n’en demeure pas moins une expérience théâtrale audacieuse qui demande un semblant d’ouverture pour se laisser porter par la vision d’un créateur.

À découvrir au TNM jusqu’au 6 février.

Pelléas et Mélisande
TEXTE Maurice Maeterlinck

MISE EN SCÈNE Christian Lapointe
Avec Sylvio Arriola, Marc Béland, Lise Castonguay, Sophie Desmarais, Éric Robidoux, Paul Savoie et Gabriel Szabo

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