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Platonov Amour Haine et Angles Morts – Portrait du désespoir

par Meriem Benammour
Platonov - Théâtre Prospero - Mazrou

Dans un décor spartiate et lugubre entrent tour à tour les protagonistes. Tous sombrement habillés, ils prennent place et scrutent le spectateur. Parmi eux: Platonov. Adulé et sujet de toutes les convoitises, il s’avérera être un manipulateur, doublé d’un cynique. Égocentrique et lâche, il multiplie les aventures et aime entretenir les relations malsaines. Les personnages sont sombres et blasés. Le paroxysme du désespoir est atteint après une folle soirée de débauche où le vide intérieur de chacun devient trop lourd à supporter.

De mal en pire

Le malaise est un thème central dans Platonov Amour haine et Angles Morts. Mais il est joué parfaitement. Le spectateur reste collé à son siège et se laisse guider dans les aventures décadentes de cette microsociété vouée à la déchéance. Certaines scènes sont hypnotiques. D’autres sont dérangeantes. La prouesse artistique de tous les acteurs est impeccable. Chacun incarne parfaitement l’ambiguïté et la tragédie de son personnage. Pascale Drevillon a par moment une présence presque surnaturelle, digne d’une marionnette envoûtée. Violette Chauvreau est sensuelle et déjantée à souhait. Debbie Lynch-White joue habilement l’impuissance et la révolte sourde de la femme-enfant trahie.

Platonov - Théâtre Prospero - Mazrou

©Maxime Robert-Lachaîne

Comme un parfait cauchemar

La mise en scène d’Angela Konrad de Platonov Amour haine et Angles Morts est remarquable. La présence des acteurs est orchestrée intelligemment. Le rythme est dynamique. Les gestes sont parfois très mécaniques, mais efficaces. Les scènes se succèdent, toujours avec un petit côté cinglant et un humour grinçant. On apprécie le souci du détail sur les costumes et les maquillages renforçant l’omniprésence du sentiment de déliquescence. La conception visuelle se juxtapose aux personnages pour un effet de mise en abîme intéressant.

Un bruit infernal

L’audacieux habillage sonore prend beaucoup de place dans Platonov Amour haine et Angles Morts. Les moments de hard rock sont déstabilisants et donnent une impression caricaturale et expérimentale de la pièce. Le chant en chœur de la fin est aussi loufoque qu’inattendu. Les cris peuvent être agressants, mais soulignent justement la tourmente des sentiments des personnages désaxés. Les pas résonnent lourdement sur le plancher. Les voix des acteurs sont portées par des échos. Tel un continûment de leur être, le son de leur corps se perd dans le vide. Le spectateur sursaute à chaque coup de chaussure donné par le beau-frère de Platonov. Le spectateur se demandera s’il essayait de tuer des bestioles invisibles ou si en prophète des ténèbres, il sonnait le glas.

 

Platonov - Théâtre Prospero - MazrouPlatonov Amour Haine et Angles morts
Théâtre Prospero jusqu’au 15 décembre
D’après Anton Tchekhov
Traduction André Markovicz, Françoise Morvan
Mise en scène : Angela Konrad
Distribution : Violette Chauveau, Samuël Côté, Pascale Drevillon, Renaud Lacelle-Bourdon, Debbie Lynch-White, Marie-Laurence Moreau, Diane Ouimet et Olivier Turcotte

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