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Trahison, une histoire d’amour ordinaire

par Meriem Benammour
Trahison - banniere Mazrou

Du mensonge naît la trahison. Seuls les êtres aimés peuvent trahir et être trahis. C’est en plein cœur d’un triangle amoureux que nous plonge la pièce Betrayal d’Harold Pinter, inspiré de sa vie personnelle.

Trahison, la banalité de l’adultère

L’histoire se passe à Londres et à Venise entre 1968 et 1977. Elle pourrait se passer n’importe où ailleurs à toute autre époque. Le propos reste universel et intemporel. Emma (Julie Le Breton) et Robert (Steve Laplante) sont mariés depuis sept ans. Emma entretient, pendant cinq ans, une relation extraconjugale avec Jerry (François Letourneau), le meilleur ami de Robert.

En 1977, deux ans après leur rupture, Emma rencontre Jerry pour l’informer qu’elle vient d’avouer à son mari leur liaison. Lors d’une confrontation entre Robert et Jerry, ce dernier apprend qu’Emma avait admis son infidélité avec Jerry depuis quatre ans.

Double trahison, celui qui pensait trahir était lui-même trahi par sa maîtresse et son mari. Le syndrome classique de l’arroseur arrosé interprété à coup de « je pensais que tu savais». On apprend au fil de la pièce que d’autres trahisons auront lieu, personne n’étant à l’abri.

Le tour de force de Trahison est la juxtaposition des différents degrés de trahisons possibles pouvant être vécues. L’utilisation par Harold Pinter de la chronologie inversée dans la structuration de l’intrigue donne tout son dynamisme à la pièce. Partant de la trahison ultime, le spectateur voit défiler l’évolution de la relation à rebours jusqu’au jour du premier comportement fautif.

Trahison - banniere Mazrou

© David Ospina

La maîtrise excessive des sentiments

La mise en scène est simple et donne un aspect austère à chaque scène. L’écriture de Harold Pinter est caractérisée par une multitude de sous-entends, de lourds silences et de vérité dite à demi-mot.

Si ce style minimalisme fait ressortir la finesse du propos de la pièce, on se serait attendu à une interprétation plus passionnée pour faire ressortir les sentiments profonds des protagonistes. Le manque d’émotion ne vient pas contrebalancer le malaise créé par les répliques sarcastiques.

Ainsi, on ressort de Trahison avec une impression de superficialité, et un peu plus cynique sur les relations amoureuses.

Trahison - vignette_MazrouTrahison
Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 9 juin
Traduction de Maryse Warda
Mise en scène de Frédéric Blanchette
Distribution Julie Le Breton, François Létourneau et Steve Plante

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