Home Culture Zoé – Apprendre à poser des questions

Zoé – Apprendre à poser des questions

par Marion Bacci
Zoe - Mazrou - critique

La nouvelle décennie débute au Théâtre Denise Pelletier avec une pièce percutante et gracieuse. Assistez aux interactions insurrectionnelles de Zoé et son professeur de philosophie.

L’univers d’Olivier Choinière est indiscutablement puissant et révélateur de la grande originalité de la dramaturgie québécoise. Le metteur en scène et auteur de cette création théâtrale y confronte deux visions contraires. Les jeunes idées de l’étudiante et l’expérience parfois résignée du professeur font l’objet d’un dialogue qui tente de se maintenir, souvent s’éclate, puis se rafistole.

Zoé est la seule élève à refuser de participer à une grève généralisée. Sa décision d’assister à la classe de philosophie met tous ses autres camarades en situation d’échec. Ayant obtenu du juge une injonction obligeant Luc à lui donner son cours, les rapports des deux personnages sont inéluctablement tendus. D’abord dépourvue face aux détours de réflexion que son enseignant parfois emprunte, Zoé finira néanmoins par accepter le jeu philosophique.

Zoe - Mazrou - critique

© Gunther Gamper

 

Un haut plateau penché, éclairé par des luminaires de salle de classe, est entouré de chaises vides. Ce carré, que l’on compare à un ring, est encerclé d’un tableau imaginaire sur lequel les personnages écrivent à la craie les préceptes qu’ils abordent. Cette scénographie, plus grande que nature, dont les différents éléments sont éclatés et assemblés sur plusieurs niveaux en cascades, évoque une école post-apocalyptique. À chaque fois que Zoé et Luc s’emportent l’un contre l’autre et que la conversation atteint son point de non-retour, la lumière s’éteint et le carré devient écran, support pour la diffusion d’images de grève ou de description de lois. Lorsqu’elle se rallume, la discussion recommence juste un peu avant la dispute, le ton change et l’échange peut poursuivre.

Ce processus scénique est absolument ingénieux puisqu’il permet d’ajouter au propos, déjà captivant, une présentation concrète de l’impact de nos choix. En effet, illustrant le principe simple de l’action-conséquence Olivier Choinière désigne l’irréversibilité et l’effet que chacune de nos décisions sous-tend.

La cadence de ce spectacle d’une heure et demie est maîtrisée et l’esthétique lumineuse est d’une extrême finesse. Marc Béland est le premier qui invite à nous impliquer dans une écoute active, mais rêveuse, de son texte à la fois drôle et bouleversant. Au fur et à mesure de la pièce, Zoé Tremblay-Bianco s’épanouit et explose grâce à une performance tout à fait touchante, intensifiée par ses grands regards bleus au public.

Abordant des questions existentielles sur l’éducation, la liberté, la justice, les autres, cette représentation est une ode à « l’amour de la sagesse ». Un spectacle brillant.

You may also like